top of page
Rechercher

Bien beau...


Il y a des matins qui n'annoncent rien d'extraordinaire.

Celui-là en était un. Les enfants étaient à table, le petit déjeuner suivait son cours tranquille, et la chaleur s'était déjà installée dans la maison avec cette humidité lourde qui colle à la peau et ralentit tout. Une de ces matinées où l'on est content que les enfants soient calmes, où l'on savoure le silence relatif avant que la journée s'emballe.


Et puis les mouches arrivèrent.

Quelques-unes, attirées par la chaleur et la nourriture, tournaient autour de la table avec cette insistance particulièrement agaçante que seules les mouches savent avoir. L'une d'entre elles avait décidé qu'Evan était sa cible préférée du matin.


Il essaya de la chasser. Une fois. Deux fois. Trois fois. Elle revenait, imperturbable, indifférente à ses grands gestes et aux tapes sur la table. Et puis, à bout de patience, il s'exclama :

  • "Mais elle dérange, cette mouche !"


Je lui demandai, amusée :

  • "Pourquoi est-ce qu'elle te dérange ?"


Et lui, sans une seconde d'hésitation, avec le regard de quelqu'un qui énonce une évidence universelle que seuls les aveugles pourraient contester :


  • "Ben… parce que je suis beau."


Je ris. Vraiment, de bon cœur, à pleine dent.

Parce qu'il était sérieux. Totalement, absolument sérieux. Dans son esprit, la logique était parfaite et imparable : les mouches sont attirées par les belles choses, il est beau, donc la mouche est attirée par lui. CQFD. Pas de doute, pas d'hésitation, pas la moindre fissure dans cette certitude tranquille.


Et moi qui souriais devant ce petit narcissisme déconcertant, je réalisai presque aussitôt que c'était moi qui en étais à l'origine. Moi, pendant des mois, à chaque câlin, à chaque matin : "Qui est le plus beau ? C'est mon Evan qui est le plus beau !" Il avait simplement tout retenu. Tout intériorisé. Tout cru, sans réserve, sans nuance, avec la foi absolue d'un enfant qui ne voit aucune raison de douter de ce que sa mère lui a dit.


Il ne comprenait même pas pourquoi je riais. Pour lui, la vraie question était : pourquoi moi, qui le lui avais dit tant de fois, pouvais-je encore m'étonner de cette évidence ?


Et là, quelque chose se retourna doucement dans ma tête.

Evan n'avait pas pensé une seule seconde à l'interprétation négative, celle qui aurait dit que les mouches sont attirées par la saleté, par ce qui est impur, par ce qui se décompose. Cette lecture-là ne lui avait même pas effleuré l'esprit. Il avait une perspective. Une seule. Celle qu'on lui avait donnée sur lui-même. Et c'est celle-là, et seulement celle-là, qui avait filtré la réalité.


La mouche était le problème. Pas lui.

Je me demandai combien de fois, moi adulte, j'avais fait le contraire. Combien de fois, face à une situation irritante, à une difficulté qui revenait, à un problème qui tournait autour de moi avec l'insistance d'une mouche un matin de canicule, j'avais instinctivement conclu que c'était moi le problème. Que quelque chose en moi l'attirait. Que je méritais peut-être cette turbulence.


Evan, lui, ne s'était pas remis en question une seule seconde. Il avait juste regardé la situation depuis la meilleure perspective possible, celle qu'on lui avait apprise, et cette perspective l'avait rendu… heureux. Serein. Presque royal dans son indignation face à la mouche audacieuse.


Et si les problèmes venaient à toi justement parce qu'en toi se trouve Jésus, qui est la solution à toutes choses ?


Cette pensée me fit m'asseoir un moment.


Dieu nous demande d'être comme des enfants. Pas naïfs, mais simples. Pas ignorants, mais confiants. Avec ce regard droit et non-tordu qui prend les paroles du Père pour ce qu'elles sont : la vérité sur nous. La vraie vérité, pas celle que le doute, la fatigue ou l'échec nous chuchotent certains matins.


Ce que Dieu a dit sur toi n'est pas une flatterie parentale. Ce n'est pas un encouragement de façade pour te donner confiance avant d'affronter la dure réalité. C'est un positionnement. Une identité. Un fait spirituel que tu es invité à habiter aussi naturellement qu'Evan habitait sa beauté, sans s'en excuser, sans la minimiser, sans la remettre en cause chaque fois qu'une mouche s'approche.


Et puis il y a cette chose étrange et magnifique que j'aime dans les Écritures : Dieu lui-même, à un moment, s'arrête pour contempler et décrire la beauté d'un crocodile.


Je veux encore parler de ses membres, et de sa force, et de la beauté de sa structure.

 Qui soulèvera son vêtement ? Qui pénétrera entre ses mâchoires ? Qui ouvrira les portes de sa gueule ? Autour de ses dents habite la terreur.
Job 41:3-5 (LSG)

Le crocodile. Pas exactement la créature qu'on associe spontanément à la beauté. Redoutable, imposant, déroutant, et pourtant Dieu le contemple et en parle avec quelque chose qui ressemble à de l'admiration. Il voit la force là où d'autres verraient la menace. Il voit la structure là où d'autres verraient le danger.


Si Dieu peut trouver de la beauté dans le crocodile, qu'est-ce que cela dit de Son regard sur toi ?


Quel regard portes-tu sur toi-même ce matin ? Sur ta semaine qui commence ? Sur les situations qui t'agacent comme cette mouche agaçait Evan ? As-tu la perspective divine, celle qui transforme les embûches en preuves de ta valeur, et les problèmes en occasions de voir ce que tu portes en toi ?


Evan m'a rappelé ce matin-là qu'on voit ce qu'on a appris à voir. Que la perspective change tout, absolument tout, dans notre expérience de la réalité. Et que la foi, dans le fond, ressemble beaucoup à un petit garçon qui croit sans l'ombre d'un doute ce que son Père lui a dit sur lui-même.


Je te souhaite de voir les meilleures côtés de la vie cette semaine. D'en rire avec la joie du Seigneur. De laisser les mouches passer sans te remettre en question. 🙏

P.-S. : et dit en passant, mon fils est vraiment beau.


Commentaires


bottom of page