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Confusion

Dernière mise à jour : 18 mai


Le confinement nous avait tous forcés à nous réinventer. Avec trois enfants jeunes sous le même toit, jour après jour, sans école, sans sorties, sans cette respiration naturelle que donne le rythme ordinaire de la vie, il fallait trouver quelque chose. Rapidement. Sinon, les deux parties , les grands comme les petits, allaient finir par se taper sur les nerfs de façon irrémédiable.


J'achetai donc des pinceaux. De la peinture. Des feuilles. Et un après-midi, on s'y mit tous ensemble. Je dois l'admettre : je suis de ceux qui remettent facilement à demain les moments de jeu avec les enfants. Pas par manque d'amour, mais par cette conviction tenace que je ne sais pas vraiment jouer. Que je ne suis pas douée pour ça. Que je vais m'ennuyer ou mal m'y prendre ou que ce sera maladroit.


Merci, confinement. Tu m'as prouvé le contraire.

Il se trouve que je suis tout à fait capable de m'amuser avec mes enfants. Et que ces moments-là, ces moments de partage autour d'une table couverte de peinture, avec des pinceaux trop chargés et des mélanges de couleurs qui partent dans tous les sens, sont des cadeaux que je remettais à plus tard sans vraiment savoir ce que je perdais.


Les enfants se mirent à leurs dessins avec l'enthousiasme naturel de ceux qui n'ont aucune peur du regard des autres. Moi, j'y allai plus prudemment, mais j'y allai. Et j'en fus assez fière, mon dessin était réussi, du moins à mes yeux.

Olivier, lui, s'était également lancé. Avec bonne volonté. Avec application. Avec un résultat qui était… disons… personnel.


Maïa le regarda.


On voyait clairement qu'elle cherchait ses mots. Elle tournait autour du dessin de son père avec cet air concentré d'une enfant qui veut bien faire, qui veut encourager, mais qui se heurte à la réalité de ce qu'elle voit. Et puis elle trouva. Elle dit, avec toute la diplomatie et la tendresse du monde :

"Tu sais, si on ne sait pas ce que tu dessines, ton dessin n'est pas beau. Mais moi, je sais ce que tu dessines. Et pour moi, il est très beau."


Quand Olivier me raconta ça, j'éclatai de rire. Parce que c'était à la fois le compliment le plus doux et le plus honnête qu'on puisse faire. Je sais ce que tu as voulu faire. Et parce que je le sais, je le trouve beau. Pas une flatterie aveugle, une beauté fondée sur la compréhension. Sur la connaissance de l'intention derrière le geste.


Mais ce qui me fit rire encore plus, c'est que deux jours plus tôt, Maïa elle-même avait vécu presque exactement la même situation.


Son dessin à elle était disons … particulier. Assez particulier pour que sa sœur et son frère, sincèrement intrigués, lui demandent ce qu'elle avait voulu représenter. Elle les regarda, marqua une pause, et répondit avec une autorité tranquille et définitive :

"Pff… ne me demandez plus ce que je peins. Je ne le sais pas non plus. C'est ce que je ressens qui est important."


Et la discussion fut close.


Je restai sans voix un instant. Puis je ris encore.


Parce que dans cette petite phrase d'enfant, il y avait quelque chose de profond, de vrai, de presque philosophique. Ce que je ressens est important. Pas ce que vous comprenez. Pas ce que vous voyez. Pas ce que vous êtes capables de déchiffrer ou d'approuver. Ce qui compte, c'est ce qui était là à l'intérieur et qui a cherché à sortir, même maladroitement, même sans forme reconnaissable, même sans nom.


Seule une personne qui a connu la confusion comprendra la tienne. Celle qui a été blessée reconnaîtra ta blessure.

 Car la profondeur appelle la profondeur.
Psaumes 42:8

Ce n'est pas une formule, c'est une réalité que chacun d'entre nous a expérimentée. Cette expérience unique d'être enfin compris par quelqu'un qui est passé par là. Pas quelqu'un qui compatit de loin, avec de bonnes intentions mais depuis un endroit sec et confortable. Quelqu'un qui sait. Quelqu'un qui reconnaît dans ta douleur quelque chose qu'il a lui-même porté.

Et c'est exactement là que Jésus se situe.

Alors s'étant relevé, et ne voyant plus que la femme, Jésus lui dit : Femme, où sont ceux qui t'accusaient ? Personne ne t'a condamnée ? Elle répondit : Non, Seigneur. Et Jésus lui dit : Je ne te condamne pas non plus : va, et ne pèche plus. 
Jean 8:10-11 (LSG)

Il y a quelque chose de bouleversant dans cette scène. Une femme entourée d'accusateurs. Des voix qui savent exactement ce qu'elle a fait, qui brandissent la loi, qui réclament la condamnation. Et Jésus, le seul dans cette foule qui aurait eu le droit de condamner, est le seul qui choisit de ne pas le faire.


Il ne minimise pas. Il ne prétend pas que rien ne s'est passé. Il ne dit pas "ce n'est pas grave." Il dit : "Je ne te condamne pas. Va, et ne pèche plus."


Deux choses ensemble, inséparables : la grâce et l'invitation à la transformation.

Jésus a connu la solitude. L'abandon. Le rejet. Il a connu la trahison d'un ami proche, les accusations publiques, le silence de Dieu au moment le plus sombre. Il a traversé tout cela, sans jamais avoir péché, sans jamais avoir mérité aucune de ces douleurs, et c'est précisément pour ça qu'Il est le seul à te comprendre vraiment.


Pas comme quelqu'un qui observe ton dessin de loin et hausse les épaules parce qu'il n'y comprend rien. Mais comme Maïa avec son père, comme quelqu'un qui sait ce que tu as voulu faire. Qui voit l'intention derrière le geste maladroit. Qui connaît ce que tu ressentais quand tu as tracé ces lignes-là, même si le résultat n'est pas ce que tu espérais.


Et parce qu'Il comprend, Il peut dire avec une autorité que personne d'autre ne possède : je te trouve beau. Je sais ce que tu portes. Et je ne te condamne pas.

C'est Lui seul qui peut faire taire les accusateurs, non pas en les confrontant par la force, mais en se penchant simplement et en écrivant quelque chose dans la poussière que nous ne lirons jamais, pendant que les voix se dispersent une à une dans le silence.


C'est Lui seul qui peut justifier ce que personne d'autre ne comprend.

C'est Lui seul qui voit le dessin complet, ce que tu ressens, ce que tu portes, ce que tu as essayé d'exprimer, et qui le trouve beau, non pas malgré ce que c'est, mais parce qu'Il sait ce que c'est.


Laisse-Lui prendre le pinceau. Laisse-Lui avoir le dernier mot sur ce que ta vie représente.

Très bonne semaine à tous. 🙏


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