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La Lettre de Mon Enfant


Il y a quelques années, ma fille me fit une belle lettre pour la fête des mères. Elle était toute mignonne : au travers de ses mots d'enfant, elle avait tenté de manifester son amour pour moi. J'eus beaucoup d'émotion en la lisant. Cette lettre était touchante, attachante, elle avait réussi à toucher mon cœur de mère.


Mais mon côté perfectionniste reprit le dessus quelques minutes après : mon Dieu, qu'elle était remplie de fautes d'orthographe, de conjugaison et de syntaxe ! Sans parler de la ponctuation quasi inexistante. Elle aurait horripilé un linguiste et sûrement provoqué un arrêt cardiaque à un académicien. Mais tout cela était compréhensible si l'on tenait compte de l'âge de ma fille à ce moment-là.


Et pourtant, malgré toutes ces imperfections, je n'avais pas jeté cette lettre. Je l'avais gardée précieusement. Parce qu'au-delà des fautes, il y avait un cœur. Et ce cœur-là, je le reconnaissais : c'était le mien qui battait dans ses petites mains tremblantes.



L'Ancienne Alliance : la loi sans le cœur du Père


Cette image m'a longtemps parlé de la façon dont nous nous approchons de Dieu. Quand nous entrons pour la première fois dans une relation avec Lui, nous balbutions comme des enfants : nous n'avons pas encore les mots justes, ni les codes du Royaume. Nous arrivons avec nos blessures, nos acquis, une vie souvent teintée de difficultés mais aussi avec nos rêves, nos aspirations, et ce que l'on nous a dit sur Dieu, en bien comme en mal.


Sous l'Ancienne Alliance, Dieu était souvent perçu comme ce juge sévère qui lirait notre lettre comme un correcteur impitoyable, ne relevant que les fautes, ignorant le cœur. Et il faut être honnête : la loi, dans toute sa rigueur, donnait cette impression. Non parce que Dieu était sans amour, mais parce que le voile n'avait pas encore été déchiré. Les hommes et femmes de l'Ancienne Alliance n'avaient pas encore accès au cœur intime du Père, car quelque chose d'essentiel manquait : la réconciliation accomplie par le sang de son Fils.


La loi est juste, sainte et parfaite, l'Écriture elle-même l'affirme. Mais elle est impuissante à nous transformer de l'intérieur. Elle peut révéler la faute ; elle ne peut pas guérir le cœur qui la commet. Elle pointe le doigt vers la blessure, sans avoir le remède.


La croix : là où tout a changé


C'est précisément pour cela que Jésus est venu. Sur la croix, il n'a pas simplement corrigé nos fautes, Il les a portées. Il ne s'est pas contenté de nous montrer la bonne écriture : il a pris notre texte abîmé, couvert de ratures, froissé par les années, et il l'a tenu dans ses mains percées.


La croix, c'est l'endroit où Dieu le Père a regardé la lettre la plus imparfaite de l'histoire, la nôtre, et a choisi de ne pas la jeter. Il a choisi de la racheter.


C'est ce que Paul exprime avec une profondeur saisissante dans Éphésiens :

« Il nous a prédestinés dans son amour à être ses enfants d'adoption par Jésus-Christ, selon le bon plaisir de sa volonté. »
Éphésiens 1: 5 

Remarquez ces mots : dans son amour, selon le bon plaisir de sa volonté.


L'adoption n'est pas une récompense pour les textes bien écrits. Elle est un acte souverain d'amour, rendu possible uniquement par l'œuvre accomplie à la croix. Avant Jésus, nous étions des étrangers regardant la maison du Père de l'extérieur. Après la croix, nous sommes devenus héritiers.


Et parce que nous sommes maintenant fils et filles, et non plus simples sujets de la loi, le regard de Dieu sur nous a changé. Il ne lit plus nos lettres comme un correcteur. Il les lit comme un Père.


Le Saint-Esprit : le Rédacteur de notre histoire


Mais l'œuvre de la croix ne s'arrête pas à notre adoption. Elle ouvre la porte à une transformation continue, profonde, intime, celle que seul le Saint-Esprit peut accomplir en nous.


Hier soir, cette même petite fille qui m'avait autrefois écrit cette lettre pleine de fautes reprit du travail pour préparer ses examens de français. Elle écrivit un texte, me le tendit, et me demanda sincèrement ce que j'en pensais. Elle ne voulait plus seulement être aimée dans ses maladresses : elle voulait grandir. Son cœur était prêt à recevoir ce dont elle avait besoin pour progresser.


Je remarquai immédiatement qu'elle avait beaucoup évolué. Je lui donnai mon avis avec soin : je retraçai la structure de ses phrases, lui montrai l'importance du choix des mots pour toucher le lecteur, susciter une émotion, provoquer une réflexion.


Je veux qu'elle réussisse à ses examens : le prof allait l'évaluer , non selon le cœur de mère, mais selon les règles de la langue française ( le jugement ne sera pas forcément émotif quand il faudra analyser son texte: il devrait donc se conformer à bien des règles de cette belle langue).


Je sais qui est ma fille: je connais des forces et ses faiblesses et son identité n'est pas lié à ce qu'elle fait mais de qui elle vient. Je lui expliquai que le monde l'évaluerait non selon ce que je ressentais pour elle, mais selon ce qu'elle serait capable de produire, et que c'était à moi et à son père de la préparer à montrer le meilleur d'elle-même.


C'est exactement ce que Dieu fait avec nous, jour après jour. Il ne se contente pas de nous adopter : Il nous forme. Il nous prépare à révéler dans le monde ce que son Esprit a déposé en nous. C'est le sens profond de Romains 8 :


« La création attend avec un ardent désir la révélation des fils de Dieu. » 
Romains 8:19

La création n'attend pas des fils parfaits. Elle attend des vies qui portent la marque visible de la transformation intérieure opérée par l'Esprit.


Et cette transformation, Paul la décrit magnifiquement dans 2 Corinthiens :


« Vous êtes manifestement une lettre de Christ, écrite par notre ministère, non avec de l'encre, mais avec l'Esprit du Dieu vivant, non sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair, sur les cœurs. »
2 Corinthiens 3:3

Voilà la vocation de chaque croyant : devenir une lettre vivante, lisible, que le monde puisse lire et comprendre. Non une lettre écrite par nos propres efforts, mais par l'Esprit du Dieu vivant. Non gravée dans la rigidité de la pierre, mais inscrite dans la tendresse d'un cœur de chair, un cœur que la croix a rendu capable de recevoir.



Ni légalisme, ni laxisme : la grâce qui transforme


Il nous faut donc trouver cet équilibre délicat que la grâce seule peut nous donner. Certains utilisent encore l'Ancienne Alliance comme filtre : ils s'approchent de Dieu en comptant leurs fautes, persuadés que sa faveur dépend de leur performance. D'autres tombent dans l'excès inverse : ils s'installent dans une grâce mal comprise, refusant tout changement de caractère, oubliant que l'adoption appelle aussi la ressemblance.


Mais la croix nous libère de ces deux extrêmes. Elle nous dit : tu n'as pas à mériter l'amour du Père et en même temps : tu es maintenant appelé à Lui ressembler. Ce n'est pas une tension à résoudre par nos propres forces. C'est une œuvre que le Saint-Esprit accomplit en nous, si nous Lui en laissons le temps et la place.


Alors soyons patients avec nous-mêmes. Soyons indulgents les uns envers les autres. Ce ne sont pas nos fautes de parcours qui arrêteront Dieu dans son œuvre. Ce qui compte, c'est de rester entre ses mains, comme cette lettre d'enfant, imparfaite, mais précieusement gardée.



Prière


Seigneur,


Tu connais la lettre que je suis : avec ses fautes, ses ratures, ses mots maladroits. Et pourtant, Tu l'as gardée. Tu l'as rachetée au prix du sang de ton Fils sur la croix.


Aujourd'hui, je te demande de faire ce que je ne peux pas faire moi-même : réécris mon histoire. Efface ce que ta grâce doit effacer. Inscris sur mon cœur ce que ton Esprit veut y graver. Fais de moi une lettre que le monde puisse lire, non pour ma gloire, mais pour la tienne.


Je te donne le temps. Je te donne la place. Transforme-moi.


Au nom de Jésus,


Amen.


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