C'EST LE MOMENT DE DORMIR
- Nyamoya Nathalie

- 6 avr.
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 22 heures
Il y a des batailles qu'on ne vous annonce pas dans les livres sur la parentalité. On vous parle des premières dents, des premiers pas, des premiers mots. On oublie de mentionner la grande guerre du coucher.
Tout parent de jeunes enfants connaît cette scène. Le soir tombe. Vous annoncez, d'une voix qui se veut calme et finale, que c'est l'heure d'aller dormir. Et c'est là que ça commence.

Il y a celui qui demande de l'eau. Pas parce qu'il a soif, non, non. C'est purement stratégique. D'ailleurs, j'en suis maintenant convaincue : la meilleure façon de faire boire de l'eau à un enfant, c'est de lui annoncer qu'il va aller au lit. L'effet est quasi immédiat. Une soif inexplicable et urgente apparaît, comme par magie.
Il y a celui qui refuse catégoriquement de fermer les yeux, comme si dormir était une punition collective injuste infligée aux enfants du monde entier.
Et puis il y a le mien, celui qui m'a regardée droit dans les yeux un soir et m'a dit, avec le plus grand sérieux du monde :
"Mais maman, je dors tous les jours, tous les jours."
Sous-entendu : une fois devrait suffire. Pourquoi recommencer ?
J'ai retenu mon rire. Difficilement.
Mais au fond, derrière la comédie, il y a une vraie question d'enfant : pourquoi vous, vous n'allez pas dormir ?
C'est une question de justice, à leurs yeux. Une discrimination manifeste. Eux sont envoyés au lit pendant que les grands restent éveillés, discutent, regardent la télé, mangent encore peut-être. Où est l'équité là-dedans ?
Et là, le parent sort sa grande phrase universelle, celle que tous les parents du monde prononcent tôt ou tard, avec la même intonation, le même soupir, le même regard lointain : "À ton âge, moi je faisais pareil, et je ne posais pas de questions..."
Je m'entends dire ça. Je me vois même. Et je pense intérieurement, je te jure, abana b'ubu (traduction littérale du kirundi: oh ... les enfants de cette génération), tout en sachant parfaitement que mes propres parents ont dit exactement la même chose, et les leurs avant eux. Comme si chaque génération d'enfants avait empiré, et chaque génération de parents avait été plus sage, plus obéissante, plus disciplinée que la précédente.
Soyons honnêtes : c'était soi-disant mieux avant, surtout parce qu'enfants, nous n'avions pas de responsabilités. Il est toujours beau et facile de suivre les ordres quand on n'a pas encore à les donner.
Mais voilà ce qu'on ne dit pas assez à nos enfants, peut-être parce qu'on l'oublie nous-mêmes, le sommeil n'est pas une punition. C'est un cadeau.
Saviez-vous que le sommeil profond, le vrai, celui qu'on atteint quand le corps et l'esprit lâchent prise, est le moment précis où les cellules se régénèrent ? Où le système immunitaire se renforce silencieusement ? Où le cerveau, enfin libéré du bruit du jour, se repose, trie, consolide, répare ?
On ne dort pas parce qu'on est fatigué. On dort pour revenir. Pour recommencer. Pour être plus entier demain qu'on ne l'était ce soir.
Et chaque fois que je pense au sommeil dans cette dimension-là, je ne peux pas m'empêcher d'y voir quelque chose de spirituel.
Parce que chaque nuit, en réalité, on lâche prise. On pose les soucis, les listes interminables, les inquiétudes qu'on n'a pas réussi à résoudre en journée. On ferme les yeux sur un monde qu'on ne contrôle pas autant qu'on voudrait le croire. Et quelqu'un veille.
Voici, il ne sommeillera pas, il ne dormira pas, celui qui garde Israël.
Psaumes 121:4 (LSG)Celui qui ne dort jamais. Celui qui ne somnole pas, ne s'assoupit pas, ne rate rien. Pendant que nous, nous nous abandonnons au repos, Il reste. Il garde. Il tient.
Il y a une confiance extraordinaire dans l'acte de dormir, quand on y réfléchit vraiment. Chaque nuit, consciemment ou non, on dit à Dieu : je te confie ce que je ne peux plus porter ce soir.
Et Lui reçoit ce dépôt avec une fidélité qui ne faillit jamais.
Mais il y a plus encore.
Il existe, dans les Écritures, une des images les plus douces et les plus profondes du sommeil. Un homme s'endort, d'un sommeil profond, divin, voulu et à son réveil, sa vie n'est plus la même. Quelque chose d'entièrement nouveau l'attend.
Alors l'Éternel Dieu fit tomber un profond sommeil sur l'homme, qui s'endormit ; il prit une de ses côtes, et referma la chair à sa place. L'Éternel Dieu forma une femme de la côte qu'il avait prise de l'homme, et il l'amena vers l'homme.
Genèse 2:21-22 (LSG)Adam ne savait pas ce qui se préparait pendant son sommeil. Il n'avait pas planifié. Il n'avait pas négocié. Il s'était simplement laissé aller dans ce repos profond, et Dieu avait travaillé.
À son réveil, il prophétisa. Spontanément. Avec émerveillement. Voici enfin l'os de mes os, la chair de ma chair. Des mots qui jaillirent du cœur avant même que l'esprit ait le temps de formuler quoi que ce soit.
Ce n'est pas anodin. Ce n'est pas un hasard littéraire. C'est une invitation.
Pas forcément pour le mariage, même si Dieu peut certainement faire cela aussi. Mais l'invitation est plus large, plus profonde : attends que Dieu te réveille pour voir ce qu'Il a créé pour toi.
Parce que pendant que nous dormons, pendant que nous nous reposons dans la confiance plutôt que de nous agiter dans l'anxiété, Il travaille. Il prépare. Il façonne des choses que nos yeux n'ont pas encore vues, que nos oreilles n'ont pas encore entendues, que notre cœur n'a pas encore imaginées.
Je suis persuadé que celui qui a commencé en vous cette bonne œuvre la rendra parfaite pour le jour de Jésus-Christ.
Philippiens 1:6 (LSG)Celui qui t'a endormi est aussi Celui qui te réveille. Et ce qu'Il a préparé pendant la nuit vaut largement la peine d'attendre le matin.
Alors ce soir, quand la guerre du coucher aura pris fin, quand les enfants seront enfin dans leurs lits, après le verre d'eau, après les dernières négociations, après le dernier "mais maman...", prends un moment pour toi aussi.
Pose ce que tu portes. Ferme les yeux. Et laisse Dieu faire ce que toi, tu ne peux pas faire dans le noir.
Parce que demain matin, peut-être, tu te réveilleras et tu prophétiseras.
Magnifique journée à tous, dans le repos du Seigneur. 🙏




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