C'est la bénédiction de l'Éternel qui enrichit ...
- Nyamoya Nathalie

- 25 avr. 2021
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 4 avr.
Il y a un vœu en kirundi que l'on souhaite souvent à un jeune couple qui vient de se marier :
Urakaronka ivyona n'ivyonona.
Littéralement, cela signifie : Reçois de Dieu le bétail tellement nombreux qu'il ravagerait le sorgho, et des enfants tellement nombreux qu'ils l'abîmeraient aussi.

En d'autres termes, on souhaite au couple une bénédiction si grande, si abondante, si débordante… qu'elle deviendrait presque difficile à gérer.
C'est magnifique, n'est-ce pas ? Quand on l'entend, on sourit, on dit amen, on lève les mains. On veut cette bénédiction-là. On la réclame même.
Mais je ne suis pas sûre qu'on mesure toujours ce que ça implique.
Ce matin, pendant que les enfants jouaient dehors au soleil, un soleil courageux, qui tentait de réchauffer un froid mordant, j'ai entrepris de ranger la maison. Moi qui aime le calme. Moi qui aime l'ordre. Moi qui fonctionne mieux quand chaque objet est à sa place et que le silence règne en maître.
Je dois vous avouer quelque chose: les mots qui se bousculaient dans ma bouche, pendant que je ramassais un jouet par-ci, un vêtement retourné par-là, une chaussette orpheline sous le canapé, une miette de biscuit écrasée dans le tapis… ces mots-là, disons-le pudiquement, n'étaient pas exactement marqués par la patience.
Vous connaissez cette phrase célèbre, n'est-ce pas ? Celle qui dit que ranger une maison alors que les enfants s'y trouvent, c'est comme se brosser les dents tout en mangeant un biscuit Oréo. Eh bien, celui ou celle qui a dit ça avait sans doute une révélation du Saint-Esprit. C'est une perte de temps monumentale. Absolument magistrale. Un Sisyphe domestique.
Vous rangez le salon. Vous revenez de la cuisine. Le salon a explosé. Vous rangez la chambre. Vous vous retournez. Le couloir est jonché de Legos. Vous ramassez les Legos. Quelqu'un renverse du jus. Le cycle est sans fin.
Donc ce matin, comme je voulais éviter de parler de la manière la moins énervée possible, parce que oui, parfois, le simple fait de respirer profondément ne suffit pas, il s'est passé quelque chose d'inattendu.
J'en suis venue, presque malgré moi, à confesser positivement. À voix haute. Au milieu du désordre.
Les enfants sont une bénédiction.
Je l'ai dit comme on lance une bouée quand on est en train de couler. Je l'ai dit parce que c'était vrai, même si à ce moment précis, la bénédiction en question avait renversé du lait sur le sol que je venais tout juste de nettoyer.
Et c'est là, en plein milieu de mon ménage épique, que ce proverbe burundais m'est revenu en tête. Urakaronka ivyona n'ivyonona. Cette bénédiction si grande qu'elle déborde de partout. Qu'elle ravage même ce que tu avais soigneusement cultivé.
J'ai souri. Parce que j'étais en train de vivre, littéralement, ce proverbe.
On ne se rend pas souvent compte, n'est-ce pas, que chaque bénédiction a un revers. Pas un revers négatif, non. Mais un revers de responsabilité. De poids. De gestion.
Tu veux louer une maison ? Très bien. Mais il y a le loyer à payer chaque mois, sans faute. Tu veux acheter une maison ? Magnifique. Mais voilà l'hypothèque, la taxe d'habitation, les réparations imprévues, le toit qui fuit un dimanche soir.
Tu veux une voiture ? Parfait. Mais prépare-toi au prêt, à l'essence, aux assurances, à l'entretien, au pneu crevé un matin de janvier quand tu es déjà en retard.
Tu veux des enfants ? Amen, mille fois amen. Mais prépare-toi aussi aux nuits blanches, aux inquiétudes sans nom, aux maisons qui ne restent jamais rangées, aux biscuits Oréo écrasés dans le tapis.
On crie souvent pour avoir les bénédictions de la part de Dieu. On pleure, on prie, on jeûne pour les obtenir. Mais il nous est parfois bien difficile de réaliser les responsabilités qui se cachent derrière.
La Bible le dit si bien :
Car, lequel de vous, s'il veut bâtir une tour, ne s'assied d'abord pour calculer la dépense et voir s'il a de quoi la terminer, de peur qu'après avoir posé les fondements, il ne puisse l'achever, et que tous ceux qui le verront ne se mettent à le railler, en disant : Cet homme a commencé à bâtir, et il n'a pu achever ?
Luc 14:28-30 (LSG)Mais voilà ce qui me rassure. Et c'est peut-être la plus belle partie de cette histoire.
Dieu ne nous donne jamais une bénédiction sans nous équiper pour la porter. Il sait ce qu'Il fait avec nous. Il connaît notre capacité, nos limites, notre seuil de fatigue, notre point de rupture. Et surtout, surtout, Il ne se lasse pas de faire le bien.
Quand je regarde ma propre vie, je vois tellement de moments où IL a fait pour moi ce que je ne savais même pas qu'Il faisait. Il a ramassé mes jouets jetés par terre. Il a lavé mes habits salis. Il a préparé le repas sans que je sois consciente de tout ce qu'Il accomplissait en silence, là où beaucoup m'auraient fait la remarque, m'auraient culpabilisée, se seraient moqués de moi.
Et Il ne se lassera jamais de le faire. Tout en me faisant grandir, par la même occasion.
Il n'a pas plus de patience. Il n'a pas plus d'amour, plus de compréhension, plus de tendresse.
IL EST Patience. IL EST Amour. IL EST Tendresse. IL EST Compréhension. IL EST Fidélité.
Même si IL est aussi Juste Juge.
Un Père des plus incroyables, qui ne se fatigue pas de nous aimer. Qui ne compte pas le nombre de fois où il a dû ramasser derrière nous. Qui ne tient pas de registre de nos bêtises pour nous les ressortir au mauvais moment.
Sion disait : L'Éternel m'abandonne, Le Seigneur m'oublie ! — Une femme oublie-t-elle l'enfant qu'elle allaite ? N'a-t-elle pas pitié du fruit de ses entrailles ? Quand elle l'oublierait, Moi je ne t'oublierai point. Voici, je t'ai gravée sur mes mains ;
Tes murs sont toujours devant mes yeux.
Ésaïe 49:14-16 (LSG)Ce matin, entre les jouets éparpillés et le lait renversé, j'ai fait une paix profonde avec cette vérité : mes erreurs d'enfant, parce que oui, devant Dieu, je suis une enfant, ne me définissent pas.
Celui qui m'a créée sait de quoi je suis faite. Il sait ce dont je suis capable et ce dont je ne suis pas capable. Rien ne Le surprend de ma part. Absolument rien.
Alors j'ai décidé d'arrêter de me culpabiliser. D'accepter les bras d'amour du Père. De me laisser façonner pour Lui ressembler de plus en plus. Pas dans la perfection, mais dans l'abandon. Pas dans l'effort épuisant, mais dans la confiance.
C'est pourquoi je fais miennes ces paroles :
Ne pensez plus aux événements passés, et ne considérez plus ce qui est ancien. Voici, je vais faire une chose nouvelle, sur le point d'arriver : Ne la connaîtrez-vous pas ? Je mettrai un chemin dans le désert, et des fleuves dans la solitude. — Ésaïe 43:18-19 (LSG)Merci Père, parce que Tu effaces mes transgressions comme un nuage et mes péchés comme une nuée. Je viens à Toi car Tu m'as rachetée.
Très bonne semaine à tous.




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