IKIBANO KIRAKENGEREZA... (On ne se rend pas compte de la valeur de ceux qui nous sont proches)
- Nyamoya Nathalie

- 27 nov. 2023
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 28 mars
Bonjour mes chers lecteurs,
je sais que cela fait quelques temps que Olivier et moi avions pris un breack dans nos activités avec Baho Podcast. Le temps nous a manqués et nous voulions faire les choses bien, correctement. Merci encore pour toutes les personnes qui ont pris le temps de prier pour nous tout en nous demandant où nous en étions avec nos projets. Nous sommes aussi heureux de vous dire que nous avons commencé notre chaîne Youtube de Bahopodcast en français. Nous y parlerons de beaucoup de choses et nous sommes sûrs que nous nous inspirerons mutuellement. Voici donc un nouveau post.
Il y a quelque chose de particulier dans le fait de regarder de vieilles photos de famille. Pas si vieilles que ça, en réalité, quelques années à peine. Mais suffisamment pour que le temps s'y soit logé, pour que les visages y soient légèrement différents, pour qu'on mesure en les regardant tout ce qui a changé sans qu'on s'en rende vraiment compte au jour le jour.

Je feuilletais ces souvenirs l'autre soir, et les histoires de garderie d'Evan me sont revenues, intactes, vivantes, avec cette saveur particulière des souvenirs heureux qu'on n'a pas eu besoin de forcer pour retenir.
C'était une belle matinée d'octobre. Un de ces matins frais et clairs qui donnent l'impression que le monde vient d'être lavé pendant la nuit. Je conduisais Evan à la garderie, et lui, fidèle à lui-même, était en pleine forme conversationnelle.
Je me suis souvent demandé si tous les enfants de son âge étaient aussi… insistants. Aussi infatigablement curieux. Aussi déterminés à ne laisser passer aucun silence sans le remplir d'une question, d'une histoire, d'une observation sur le monde qui défilait par la fenêtre.
Avec Evan, je n'ai jamais le temps de m'ennuyer en voiture. Certaines de ses questions me font sourire. D'autres me laissent muette d'étonnement, pas parce qu'elles sont difficiles, mais parce qu'elles viennent de si loin, de si profond en lui, qu'on ne les attend pas.
Ce matin-là, la question prit une tournure différente.
Il ne m'avait jamais vue à l'hôpital. Jamais vu la tenue, jamais vu le couloir, jamais vu ce que je fais de mes mains quand je ne suis pas à la maison. Pour lui, maman était maman, celle qui prépare le petit-déjeuner, qui pose des questions sur l'école, qui dort de l'autre côté du couloir.
Puis, un jour, il était tombé sur une photo. Moi en tenue de chirurgien, entourée de confrères, dans un contexte qui n'avait rien à voir avec la cuisine ni la chambre des enfants.
Il avait attendu le bon moment pour poser la question. Ce matin d'octobre en était apparemment un.
"Maman, tu es médecin ?"
"Oui, chéri. Je suis médecin."
Un silence. Puis :
"Et tu as aussi enseigné ?"
Je fronçai les sourcils.
"Enseigné ? Qui t'a dit ça ?"
"C'est Maïa et Clara."
Le souvenir me revint immédiatement. Une conversation avec mes filles, quelque temps auparavant, je leur avais expliqué qu'il m'arrivait de former de jeunes stagiaires, un peu à la façon d'un enseignant. Elles avaient retenu. Elles avaient transmis. Et Evan, lui, avait assemblé les pièces du puzzle en silence, attendant sa confirmation.
Ce qui me toucha le plus, ce ne fut pas la question elle-même.
Ce fut le sourire qui suivit.
Evan me regarda, ce regard d'enfant qui vient de découvrir quelque chose de grand, et esquissa un sourire qui disait, sans avoir besoin de mots : je suis fier de toi, maman.
Lui qui ne m'avait connue que dans les gestes du quotidien, dans les routines de la maison, dans les tâches invisibles et répétées qui constituent le tissu ordinaire de la vie familiale, venait de découvrir qu'il y avait autre chose. Que ses mains à lui tenaient les mains de quelqu'un qui avait tenu des vies dans les siennes.
Je gardai ce sourire longtemps.
Mais en y repensant, je réalisai quelque chose qui me dépassa bien au-delà d'Evan et de moi.
Autant mes mains avaient réussi à faire naître des enfants, à accompagner des guérisons, à transmettre un savoir à de jeunes médecins, tout cela sans que mes propres enfants en soient conscients, sans que cela change quoi que ce soit à la façon dont ils me voyaient chaque matin, autant Dieu fait des choses extraordinaires dans nos vies que nous ne voyons tout simplement pas.
Pas parce qu'elles ne se passent pas. Parce que nous ne sommes pas dans la salle d'opération quand Il opère. Parce que nous ne voyons que la cuisine, le couloir, le quotidien, et nous oublions que derrière tout ça, des mains travaillent.
Ce n'est pas parce que Dieu ne semble pas faire de grandes choses pour toi qu'Il ne le fait pas. Qu'Il ne l'a pas fait. Qu'Il ne le fera jamais.
Il est le même hier, aujourd'hui et demain.
La vie peut sembler monotone. Certaines grâces paraissent tellement acquises qu'on finit par croire que Dieu nous les doit, comme si la fidélité répétée devenait une banalité. On attend les tremblements de terre, les signes spectaculaires, les moments fracassants qui prouveraient que Dieu est là et qu'Il agit.
Et pendant ce temps, Il murmure.
Et après le feu, un murmure doux et léger. Quand Élie l'entendit, il s'enveloppa le visage de son manteau, il sortit et se tint à l'entrée de la caverne. Et voici, une voix lui fit entendre ces paroles…
1 Rois 19:12-13 (LSG)Élie venait de traverser le vent violent, le tremblement de terre, le feu. Des phénomènes impressionnants, impossibles à ignorer. Mais Dieu n'était dans aucun d'eux. Dieu était dans le murmure, ce souffle doux et léger qu'on rate facilement si on attend trop fort quelque chose de bruyant.
Apprenons à Le reconnaître là aussi. Dans le café chaud du matin. Dans le rire d'un enfant en voiture. Dans la photo retrouvée par hasard. Dans le sourire d'un petit garçon qui vient de découvrir que sa maman est plus grande qu'il ne pensait.
Il se trouve dans l'infiniment grand, et Il se remarque tout autant dans l'infiniment petit.
Je dois vous avouer quelque chose.
La médecine m'a donné beaucoup. La satisfaction d'une vocation accomplie, le sentiment de contribuer à quelque chose qui dépasse le quotidien, la joie particulière de transmettre à ceux qui commencent ce chemin. Tout cela est réel et précieux.
Mais le rôle de mère reste, à mes yeux, encore plus grand. Pas parce que l'un efface l'autre, mais parce que c'est là, dans ces matins ordinaires en voiture, dans ces questions auxquelles on ne s'attendait pas, dans ces sourires qui arrivent sans prévenir, que quelque chose d'essentiel se passe. Quelque chose de silencieux et de permanent, comme les mains d'un Père qui tient les nôtres sans faire de bruit.
Peut-être que tu n'as pas besoin de miracle spectaculaire en ce moment. Peut-être que tu as simplement la chance — immense, souvent sous-estimée — de Le voir chaque jour, simplement, sans faste. Comme un Papa qui marche à côté.
Qu'as-tu que tu n'aies reçu ?Que cette semaine soit une occasion de voir Papa simplement te tenir la main — et d'en être reconnaissant.
Très belle semaine à tous. 🙏




Commentaires