L'art d'enseigner
- Nyamoya Nathalie

- 28 nov. 2022
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 3 avr.
J'ai un profond respect pour le corps enseignant en général. Mais une admiration toute particulière pour ceux et celles qui enseignent à l'école primaire.
Apprendre à lire et à écrire à des enfants dont la concentration est volatile, des enfants qui ne sont pas encore conscients du bien-fondé de l'éducation, qui préféreraient être dans la cour plutôt que derrière un bureau, relève, en tout cas pour moi, du pur miracle. Une vocation que j'observe avec beaucoup de respect et une humilité sincère.

Parce que je l'ai essayé. En tant que maman, il m'arrive bien sûr de renforcer à la maison quelques notions apprises à l'école. Et c'est là, précisément, que je me rends compte que je n'ai pas cette fibre, ce don particulier d'enseigner aux très jeunes enfants avec patience et constance. Autant reconnaître ses propres limites. Ce n'est pas donné à tout le monde, et c'est très bien ainsi.
Mais voilà ce que j'ai observé, dans mes multiples tentatives de renforcement des acquis à la maison.
Certains de mes enfants essaient de lire sans comprendre. Juste pour faire leur devoir. Juste pour cocher la case, pour que maman voie qu'ils ont travaillé et les laisse tranquilles.
Et quand, sur le moment, je reviens sur cette leçon avec eux ou que je pose des questions sur le sujet, la surprise est mauvaise. Pas pour moi. Pour eux. Ils réalisent, souvent avec un certain malaise, qu'ils ont voulu me faire plaisir sans comprendre que tout ce travail, ils le font d'abord pour eux-mêmes.
Il arrive aussi que certains pleurent. Sincèrement épuisés par l'effort de comprendre une matière qui résiste. Ou stratégiquement attendrissants pour m'amadouer, ce qui, je dois l'admettre, ne marche pas toujours.
Dans ces moments-là, je leur donne du répit. Mais je reviens toujours sur cet exercice qui les dérange. Parce que l'enjeu n'est pas de finir le devoir du soir. L'enjeu, c'est de les équiper pour les vrais problèmes qui surgiront dans le futur, ceux pour lesquels je ne serai pas là à côté d'eux pour souffler la réponse.
Ce qui compte pour un bon enseignant, et pour un parent qui accompagne l'apprentissage, ce n'est pas uniquement la bonne réponse. C'est le cheminement. Le raisonnement. La façon dont l'élève arrive à la solution. Parce qu'une réponse juste sans compréhension, c'est soit de la tricherie, soit du pur hasard.
Et le hasard n'est pas souvent au rendez-vous quand ça compte vraiment.
Et c'est exactement ce qui se passe quand nous voulons méditer la Parole de Dieu.
On pense souvent le faire pour Lui. Pour qu'Il ne nous punisse pas. Pour gagner quelques faveurs. Pour cocher une case spirituelle et passer à autre chose.
On lit parce qu'il faut lire. On prie parce qu'il faut prier. On s'exécute sans vraiment chercher à comprendre ce que Dieu veut nous transmettre dans cet exercice-là.
Mais Il nous le demande pour nous. Parce qu'Il sait, bien mieux que nous ne le savons, que tout notre être en a besoin. Que cette Parole n'est pas une obligation à remplir mais une nourriture sans laquelle quelque chose en nous s'affaiblit lentement, sans qu'on s'en aperçoive toujours.
Tu ne te prosterneras point devant un autre dieu ; car l'Éternel porte le nom de jaloux,
il est un Dieu jaloux.
Exode 34:14La jalousie de Dieu est souvent comprise à travers le prisme de la jalousie humaine, cette peur de perdre l'être aimé, cette insécurité qui surveille et contrôle. Mais la jalousie de Dieu est d'une autre nature entièrement. Oui, Il ne veut pas nous perdre. Mais surtout, et c'est là toute la différence, Il sait que si nous Le perdons, nous, nous allons finir par mourir. Alors que nous étions destinés à vivre dans Sa merveilleuse présence.
Ce n'est pas la jalousie de quelqu'un qui veut garder pour lui ce qui lui appartient. C'est l'urgence d'un Père qui voit son enfant s'éloigner d'une falaise et qui crie, non par possessivité, mais par amour.
La plupart de nos prières consistent à obtenir des réponses. À trouver des solutions auprès de Dieu. À résoudre le problème le plus vite possible et passer à la suite.
Moins souvent, nous cherchons à comprendre la démarche de Dieu au milieu du problème. À laisser l'épreuve changer notre façon de penser plutôt que simplement disparaître. À ne pas seulement sortir de la difficulté, mais à en sortir différents.
Si on ne peut pas tricher dans la vie, si les réponses copiées ne nous aident pas quand l'examen suivant arrive, pourquoi penser qu'on peut le faire avec Dieu ? L'enseignant ne se contentera jamais d'une bonne réponse s'il sent que rien n'a été compris. Il donnera d'autres exercices. Il reviendra sur le même chapitre. Il ne lâchera pas tant que la compréhension ne sera pas là.
Dieu fait de même. Avec patience. Avec constance. Et avec un programme d'études entièrement personnalisé.
Mais le consolateur, l'Esprit-Saint, que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et vous rappellera tout ce que je vous ai dit.
Jean 14:26J'ai toujours rechigné à l'idée de l'école à la maison, l'enseignement par les parents, pour ceux qui ont choisi cette voie. Ce n'est pas pour moi, je le sais maintenant avec certitude. Mais j'ai une admiration sincère pour ceux et celles qui l'ont choisi. Parce que c'est une image saisissante de ce que Dieu fait avec Ses enfants par Son Esprit-Saint.
Il prend en charge notre éducation. Personnellement. Il ne nous inscrit pas dans le cursus général et ne nous demande pas de suivre le même rythme que tout le monde. Il connaît nos forces, nos points de blocage, nos matières préférées et celles qui nous épuisent. Et Il nous enseigne, patiemment, obstinément, avec amour, ce dont nous avons besoin pour devenir qui Il a prévu que nous soyons.
Quand on sait qu'on jouit de cette relation précieuse et particulière, d'un Enseignant qui nous connaît mieux que nous ne nous connaissons nous-mêmes, on n'a plus besoin de se comparer aux autres. On n'a plus besoin de regarder si le voisin avance plus vite, si l'amie a l'air de mieux comprendre, si quelqu'un d'autre semble avoir un cursus plus simple ou plus glorieux.
On suit le programme que Dieu nous a destiné. Uniquement. Et c'est largement suffisant.
Car nous sommes son ouvrage, ayant été créés en Jésus-Christ pour de bonnes œuvres, que Dieu a préparées d'avance, afin que nous les pratiquions.
Éphésiens 2:10Préparées d'avance. Pas improvisées au fur et à mesure de nos performances. Pas conditionnées à nos résultats scolaires. Préparées, avant même que nous ayons ouvert le premier manuel, avant même que nous ayons su lire.
L'Enseignant connaît la fin depuis le début. Et Il ne nous abandonnera pas en cours de route.
Très bonne journée à tous. 🙏




Commentaires