Ma belle et sombre vallée...
- Nyamoya Nathalie

- 25 avr. 2021
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 4 avr.

Quand j'ai donné ma vie au Seigneur Jésus, il y a quelques années de cela, j'ai découvert assez vite qu'il existait, dans le monde chrétien, une sorte de hiérarchie spirituelle non officielle. Une stratification, si vous voulez. Un classement que personne n'a jamais imprimé sur du papier mais que tout le monde semblait connaître par cœur.
Tout en bas, il y avait les bébés spirituels. Ceux qui venaient d'arriver. Ceux qui posaient encore des questions naïves, qui ne connaissaient pas les cantiques par cœur, qui ouvraient leur Bible un peu au hasard en espérant tomber sur le bon verset. Je me reconnaissais plutôt bien dans cette catégorie.
Et puis, tout en haut, il y avait les géants dans la foi. Ceux qui priaient pendant des heures sans se fatiguer. Ceux qui jeûnaient comme on respire. Ceux qui semblaient avoir une ligne directe avec le ciel, et qui vous racontaient leurs visions du mardi matin avec la même décontraction que s'ils vous parlaient de la météo.
Entre les deux, il y avait ceux qui gravissaient la montagne. On se référait souvent à Moïse, qui montait régulièrement sur le mont Sinaï pour rencontrer l'Éternel face à face. L'image était puissante. Impressionnante. Et, pour tout dire, assez intimidante.
Je dois vous avouer quelque chose.
L'idée de gravir une montagne ne m'a jamais tentée. Pas par manque d'envie, non. Par fatigue. Le simple fait d'y penser m'épuisait déjà. Je regardais cette montagne spirituelle de loin, comme on regarde un sommet enneigé depuis le stationnement d'en bas, en se disant : c'est magnifique, vraiment, mais je crois que je vais rester ici avec mon café.
J'avais donc accepté, avec une certaine résignation, que je serais probablement toujours de ceux qui ne sont pas très courageux. De ceux qui traînent un peu. De ceux qui risquaient de ne jamais voir Dieu dans Sa gloire de leur vivant, même si l'envie, elle, ne manquait pas.
L'envie était bien là. C'est la force qui faisait défaut.
Et cette pensée, je l'ai portée longtemps. Comme un sac trop lourd qu'on n'ose pas poser parce qu'on croit qu'il fait partie de nous.
Mais voilà. Il y a une chose que j'ai apprise avec le temps, et qui a changé ma façon de voir Dieu, la foi, et cette fameuse montagne.
Jésus n'est pas venu pour les alpinistes.
Il est venu pour les fatigués. Les faibles. Les malades. Les rejetés. Les incompris. Les non-religieux. Ceux qui n'ont pas le bon vocabulaire spirituel. Ceux qui trébuchent sur la première marche. Ceux qui n'arrivent même pas à se lever certains matins. Ceux que la vie a tellement essorés qu'ils n'ont plus la force de lever les yeux, encore moins de grimper quoi que ce soit.
Il est venu, tout simplement, pour les pécheurs. C'est-à-dire, si on traduit ce mot honnêtement, pour ceux qui manquent la cible. Et soyons francs : qui d'entre nous ne manque pas la cible régulièrement ?
Récemment, cette vérité m'a rattrapée de manière assez inattendue. Ma réalité médicale, que je préfère garder pudique ici, m'a ramenée à une évidence que j'avais peut-être oubliée.
Et en y réfléchissant, un souvenir m'est revenu. Celui du jour où mon fils s'est blessé sérieusement au genou. C'était un de ces moments où tout bascule en une seconde.
Il y avait du sang. Beaucoup trop de sang. Il fallait appeler l'ambulance. Il n'était pas question qu'il se lève, qu'il marche, qu'il se rende à l'hôpital par ses propres moyens. C'était une urgence.
On dit souvent que c'est au malade d'aller voir le médecin. C'est vrai, en principe. Mais quand le malade ne peut plus bouger, quand la douleur est trop forte, quand le sang coule trop vite, alors c'est le médecin qui vient. C'est le médecin qui se déplace. C'est le médecin qui descend là où se trouve le patient, pas l'inverse.
Et ce jour-là, dans l'urgence, dans la panique, dans l'impuissance totale, j'ai compris quelque chose de profond sur Dieu.
Il y aura toujours des gens qui ne seront pas capables de monter tout en haut. Des gens qui, pour mille raisons, légitimes ou non, visibles ou invisibles, n'auront jamais la force, l'énergie, la santé, le courage ou simplement la capacité de gravir cette montagne qu'on leur présente comme le seul chemin vers Dieu.
Alors que se passe-t-il pour eux ? Sont-ils condamnés à ne jamais connaître Sa présence ? À rester en bas, le nez collé contre la roche, à regarder les autres monter pendant qu'ils restent dans leur vallée, seuls ?
Y a-t-il un Dieu qui accepte de descendre quand on n'a pas la force de monter ?
La réponse est oui. Et elle est magnifique.
Si la Bible nous montre un Moïse qui gravissait le mont Sinaï pour rencontrer Dieu, elle nous montre aussi quelque chose qu'on oublie souvent de mentionner : quand Moïse demanda à voir la gloire de Dieu, cette demande lui fut refusée. Il ne vit que le dos de l'Éternel. Pas Son visage. Pas Sa gloire dans sa plénitude. Le dos.
Moïse. L'homme qui montait la montagne. L'homme qui avait cette relation extraordinaire avec Dieu. L'homme que tout le monde cite en exemple. Même lui n'a pas vu la gloire complète de Dieu sur cette montagne.
Et maintenant, regardons autre chose. Regardons ce que la Parole nous montre de l'autre côté. En bas. Dans la vallée.
Ézéchiel. Ce prophète que Dieu est allé chercher non pas sur un sommet, mais dans un lieu ordinaire, sans éclat, sans prestige. Ézéchiel a vu la gloire de Dieu à deux reprises, de la manière la plus extraordinaire, la plus détaillée, la plus précise que l'Écriture nous rapporte. Et il ne l'avait même pas demandé.
Par pure grâce.
Là encore la main de l'Éternel fut sur moi, et il me dit : Lève-toi, va dans la vallée, et là je te parlerai. Je me levai, et j'allai dans la vallée ; et voici, la gloire de l'Éternel y apparut, telle que je l'avais vue près du fleuve du Kebar. Alors je tombai sur ma face. L'esprit entra en moi, et me fit tenir sur mes pieds. Et l'Éternel me parla et me dit : Va t'enfermer dans ta maison.
Ézéchiel 3:22-24 (LSG)Vous avez lu ? Va dans la vallée, et là je te parlerai.
Pas sur le sommet. Pas après un exploit spirituel. Pas au bout d'un effort héroïque. Dans la vallée. Là où il n'y a rien de spectaculaire. Là où on est souvent seul. Là où on se sent petit, faible, insuffisant.
C'est là que Dieu dit : je te parlerai.
J'ai relu ce passage plusieurs fois. Et chaque fois, quelque chose s'est dénoué en moi. Cette culpabilité de ne pas être assez courageuse, assez spirituelle, assez forte pour grimper la montagne. Cette honte silencieuse de rester dans la vallée alors que d'autres semblaient voler vers les sommets.
Tout ça s'est doucement défait. Comme un nœud qu'on tire enfin dans le bon sens.
Parce que Dieu n'est pas seulement le Dieu des sommets. Il est le Dieu des vallées aussi. Le Dieu des jardins fleuris et des déserts arides. Le Dieu des matins lumineux et des nuits interminables. Le Dieu de ceux qui courent et de ceux qui rampent. Le Dieu de ceux qui prient pendant des heures et de ceux qui ne trouvent même plus les mots.
Et c'est toujours Lui qui nous cherche plus qu'on ne Le cherche.
Toujours.
Ce n'est pas nous qui montons vers Lui. C'est Lui qui descend vers nous. C'est Lui qui a envoyé Son Fils, non pas sur un sommet inaccessible, mais dans une étable. Dans une mangeoire. Au milieu des animaux et de la paille. Tout en bas. Là où personne n'aurait pensé Le trouver.
Alors si aujourd'hui tu te sens dans une vallée, si tu n'as pas la force d'un héros de la foi, si ta montagne te semble trop haute et tes jambes trop fatiguées, je veux te dire ceci avec tout mon cœur :
Ne te soucie pas d'être un géant. Sois simplement Son enfant.
Il n'attend pas que tu arrives en haut pour te rencontrer. Il descend. Il vient. Il se met à ta hauteur. Il s'assied à côté de toi, dans ta vallée, dans ton désert, dans ton silence, et Il te dit : Je suis là. Je te parlerai ici.
Et sache que rien, absolument rien, ne pourra changer ça.
...ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni les choses présentes ni les choses à venir, ni les puissances, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur.
Romains 8:38-39 (LSG)Ni la hauteur, ni la profondeur. Ni le sommet de la montagne, ni le creux de la vallée. Rien.
Très bonne journée à tous.




Wow!😇 amen to that and thank you for speaking into my life again!❤️
Merci beaucoup Christian ☺️☺️
Ameeen merci de partager Nathalie. J'aime l'idée de ne pas essayer d'avoir le contrôle sur tout mais d'accepter notre part d'humain avec des faiblesses et de nous confier en Celui qui est maître de tout.