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Nostalgie ...

Dernière mise à jour : 4 avr.

Il y a plusieurs mois, un voisin du Burundi m'envoya une photo.


Une simple photo. La façade de la maison dans laquelle j'avais habité autrefois. La clôture. Et même si je ne distinguais pas le portail sur l'image, je pouvais aisément me l'imaginer, il était gravé dans ma mémoire avec une précision que je ne soupçonnais pas.


Je regardai la photo. Et sans comprendre ce qui m'arrivait, surtout pour une fille qui ne se pensait pas particulièrement sentimentale, une boule monta dans ma gorge. Des larmes s'écoulèrent sur mes joues.


Je venais de faire la connaissance, de plein fouet, du sentiment qu'est la nostalgie.

Je ne vous raconte pas la tête qu'Olivier fit sur le moment.


C'est en général lui qui a des accès émotionnels, pas moi. Ceux qui me connaissent bien paraîtront sans doute surpris en lisant ces lignes. Je partage tout autant leur étonnement.


Je ne m'imaginais pas combien cet endroit me manquait. Et pour cause : j'y avais vécu près de huit ans. Huit ans, c'est long. Assez long pour que les murs d'une maison deviennent une partie de vous, assez long pour y accumuler des bons comme de mauvais souvenirs, des rires et des pleurs, des saisons de lumière et d'autres plus sombres.


Je revoyais des amis proches venant dîner chez nous. Des visages. Des soirées. Mes enfants y sont nés. Y ont eu leurs premières dents. Y ont fait leurs premiers pas sur ce même carrelage que je connaissais par cœur. J'y avais mes habitudes, mes repères, ma routine, qu'elle soit bonne ou mauvaise. La routine a cela de particulier qu'on ne réalise pas à quel point elle nous structure jusqu'au jour où elle disparaît.


Bref, un bon paquet de souvenirs. Et une boule dans la gorge que je n'avais pas vue venir.


C'est à ce moment-là que je me rendis compte qu'Abraham devait être soit vraiment fou, soit d'une foi extraordinaire.


Avoir ses repères dans un endroit pendant soixante-quinze ans, sa maison, ses voisins, ses habitudes, la forme de la lumière à certaines heures du jour, l'odeur particulière de chaque saison dans ce lieu précis, et tout quitter du jour au lendemain sur la seule parole d'un Dieu qui ne donne même pas l'adresse de destination.

Va vers le pays que je te montrerai. Pas voici le pays. Je te montrerai.

Ce n'est pas anodin. Ce n'est pas simple. Même quand on réalise que rester est stérile, partir reste une forme de deuil, et le deuil fait mal, même quand il est nécessaire, même quand il est juste.


En regardant mes larmes de plus près, en essayant de comprendre ce qu'elles voulaient vraiment dire, je réalisai qu'elles n'étaient pas seulement de la nostalgie pour une maison, pour des murs, pour un quartier.


C'était un deuil sur autre chose. Sur ma pseudo-autonomie. Sur la pseudo-maîtrise que j'avais sur ma vie dans cet endroit-là. Sur cette illusion confortable de tenir les rênes, illusion que le déplacement, le déracinement, avait mise à nu sans que je m'y attende vraiment.


Ce lâcher prise s'était fait. Et il continuait à se faire, dans plusieurs domaines de ma vie, souvent sans que je l'aie planifié ni même voulu.


La tentation, dans ces moments-là, est de se culpabiliser. D'accueillir les pensées qui condamnent, tu manques de foi, tu regardes en arrière, tu n'es pas assez forte pour avancer sans te retourner.


Mais en y réfléchissant honnêtement, je me rendis compte que j'avais fait du chemin. Que mes larmes n'étaient pas un signe de faiblesse, elles étaient le signe que j'aurai toujours besoin du Saint-Esprit pour me consoler. Et ça, c'est une vérité que je préfère garder vivante plutôt que de la noyer dans une façade de solidité.

Ne pensez plus aux événements passés, et ne considérez plus ce qui est ancien. Voici, je vais faire une chose nouvelle, sur le point d'arriver : ne la connaîtrez-vous pas ? Je mettrai un chemin dans le désert, et des fleuves dans la solitude.  
Ésaïe 43:18-19

Je crois que Dieu est en train de faire une œuvre nouvelle. Dans ma vie. Et sans aucundoute dans la vôtre.

Pas une œuvre qui efface le passé, car le passé a sa valeur, ses leçons, ses beautés. Mais une œuvre qui ne réside pas dans le passé. Quelqu'un l'a dit avec une justesse que j'ai gardée précieusement :


Le passé est un lieu de référence, 
non un lieu de résidence.

On peut s'y retourner pour comprendre d'où on vient. Pour honorer ce qu'on y a vécu. Pour pleurer, si les pleurs viennent, parce qu'ils ont leur place et leur dignité. Mais on n'y installe pas ses valises. On n'y retourne pas pour y vivre.


La femme de Lot regardait en arrière. Et elle devint une statue de sel, figée, immobile, cristallisée dans ce moment de retournement. C'est une image que je prends très au sérieux. Non pas parce que je crains la punition, mais parce que je connais la tentation. Je sais ce que c'est de rester les yeux tournés vers ce qu'on a quitté, vers ce qui était connu, confortable, maîtrisé, pendant que quelque chose de nouveau attend devant.

Je ne veux pas être cette statue.

Oubliant ce qui est en arrière et me portant vers ce qui est en avant, je cours vers le but, pour remporter le prix de la vocation
 céleste de Dieu en Jésus-Christ.  
Philippiens 3:13-14

Je cours.


Pas je marche prudemment. Pas je m'avance avec précaution en vérifiant si le passé me suit encore. Je cours, vers quelque chose que Dieu a préparé, que je ne vois pas encore entièrement, dont je ne connais pas toutes les formes.


La photo de cette maison du Burundi m'a appris quelque chose que je n'attendais pas ce jour-là. Elle m'a montré que même une fille qui ne se croit pas sentimentale peut avoir besoin de pleurer ce qu'elle a quitté. Et qu'on peut pleurer et courir en même temps, les larmes séchées sur les joues et les yeux tournés vers l'avant.


Abraham le fit. Pas parfaitement. Mais il le fit.


Nous aussi, nous pouvons.


Très bonne journée à vous. 🙏




2 commentaires


BLAISE KIDASHARIRA
BLAISE KIDASHARIRA
24 oct. 2022

Très fort..

Souvent on a tendance à ramener le passé pas comme une vie à revivre.


Merci

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Nyamoya Nathalie
Nyamoya Nathalie
25 oct. 2022
En réponse à

Merci beaucoup pour ton commentaire ☺️🙏

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