Petit cours de manucure ...
- Nyamoya Nathalie

- 26 oct. 2024
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 2 jours
Il y a un âge charnière, quelque part entre onze et douze ans, où quelque chose bascule imperceptiblement chez une fille. Maïa l'a atteint.
Depuis qu'elle sait que ses douze ans approchent, un vent nouveau souffle sur sa petite vie — un vent qu'elle-même appellerait sans doute maturité, et que moi j'observe avec ce mélange d'amusement et d'attendrissement que seule la maternité sait produire. Elle parle d'autonomie financière. Elle parle de projets. Elle parle d'avenir avec le sérieux déconcertant de quelqu'un qui a décidé de ne plus attendre que les choses arrivent.
Et sa dernière idée est la suivante : elle va apprendre à faire la manucure et la pédicure.

L'idée est claire, la stratégie bien pensée pour son âge : unir sa passion pour les ongles — réelle, ancienne, constante — avec l'opportunité de gagner un peu d'argent de poche. Elle a même déjà identifié sa clientèle cible. Maman en tête de liste. Les tantes suivent de près.
Mesdames, je nous préviens : on va toutes y passer. Ce n'est pas une menace — c'est une certitude.
Pour se former, elle regarde des vidéos YouTube avec une assiduité que j'aimerais parfois lui voir appliquer à d'autres choses. Elle observe, elle prend des notes dans sa tête, elle reproduit. Et elle me demande, bien sûr, d'acheter les accessoires nécessaires pour s'exercer. C'est le volet le moins drôle de l'aventure pour moi, financièrement parlant, mais je signe quand même.
Soit dit en passant : Maïa veut devenir médecin. Je vous promets que je n'y suis pour presque rien, même si cela me fait immensément plaisir.
Je souris à cette passion soudaine. Je souris parce que je la connais, ma fille. Je sais que cette flamme-là a de bonnes chances de vaciller avant d'être arrivée à destination. Que dans quelques mois, peut-être, autre chose l'aura captivée. Que le petit salon de manucure ne deviendra probablement pas un vrai salon de manucure.
Et pourtant, je veux qu'elle y aille.Pas pour le résultat. Pas pour les revenus hypothétiques. Pas même pour les ongles de ses futures clientes. Mais pour ce que le chemin lui apprendra sur elle-même. Sur sa façon d'apprendre. Sur sa capacité à tenir quand c'est difficile, ou sur sa grâce à lâcher quand ce n'est plus juste. Sur ce qu'elle découvrira de ses forces et de ses angles morts en essayant quelque chose de nouveau.Parce qu'il n'y a pas de sous-métiers. Parce qu'il n'y a pas de petites expériences. Parce que tout ce qu'on essaie sincèrement nous enseigne quelque chose que rien d'autre n'aurait pu nous apprendre de la même façon.
Il y a quelques années, je lui aurais peut-être dit que c'était une perte de temps. Je mesure aujourd'hui le chemin parcouru — en elle, mais aussi en moi. J'ai mûri dans ma maternité. Je l'admets volontiers.
Ce sera une belle aventure, j'en suis convaincue. Que ce soit en cas de réussite — et je lui souhaite sincèrement — ou surtout en cas d'échec. Parce que l'échec bien vécu, l'échec dont on tire quelque chose, l'échec qu'on regarde en face sans se défaire, est souvent le meilleur professeur qu'on ait jamais eu.
Je ne serai pas là pour réussir à sa place. Mais je serai là pour observer, pour l'accompagner sommairement, pour poser les bonnes questions quand le moment viendra : Qu'est-ce que tu as appris ? Qu'est-ce que tu referais différemment ? Qu'est-ce que tu as découvert sur toi ?
Ces questions-là valent bien plus que n'importe quel kit de manucure.
Et puis, en méditant sur tout ça, la pensée arriva — comme elle arrive souvent dans les moments tranquilles, entre deux choses, presque à voix basse. Dieu fait exactement la même chose avec nous. Pas du haut d'une indifférence distante. Pas comme un spectateur neutre qui regarde nos projets avec amusement poli.
Mais comme un Père qui nous regarde lancer nos idées, nos passions soudaines, nos ambitions à demi-formées, qui sait ce qui aboutira et ce qui ne se réalisera pas, qui voit la fin depuis le début, et qui dit quand même : vas-y. Je serai là.
Il n'a pas peur de notre échec. Il ne s'affole pas de notre réussite non plus. Il sait ce qui est vraiment important pour nous, parfois mieux que nous ne le savons , et Il se saisira de tout, absolument tout, pour nous faire grandir. Nos grandes décisions comme nos petites passions éphémères. Nos victoires comme nos abandons. Nos projets qui aboutissent et ceux qui s'arrêtent en cours de route.
Nous savons, du reste, que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son dessein.
Romains 8:28 (LSG)
Toutes choses. Pas seulement les grandes. Pas seulement les réussites. Pas seulement les moments où l'on a l'impression d'avancer dans la bonne direction. Toutes. Y compris les kits de manucure qui prennent la poussière au fond d'un tiroir. Y compris les projets qu'on abandonne à mi-chemin. Y compris les saisons qui ne ressemblent à rien de précis.
Cette réalité-là a changé quelque chose dans ma façon de vivre. Elle a rendu mon quotidien moins stressant, plus apaisé, plus ouvert. Je me rends compte que des situations que j'avais traitées comme des urgences absolues ne l'étaient finalement pas tant que ça. Et que des choses que j'avais minimisées portaient en elles des leçons que je n'ai comprises que bien plus tard.
Savoir Dieu à mes côtés, vraiment à mes côtés, pas en observateur lointain mais en Père attentif qui regarde le chemin avec moi, est infiniment plus rassurant que n'importe quelle certitude de résultat.
Il connaît les projets qu'Il a pour nous. Des projets de bonheur. Pas de malheur. Même quand le projet du moment, c'est un petit salon de manucure qui n'a pas encore ouvert.
Excellente semaine à tous. 🙏




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