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La vie en noir et blanc

Dernière mise à jour : 3 avr.



Il y a des questions d'enfants qui font sourire. Et puis il y en a d'autres qui font sourire, et qui restent.

Ce soir-là, ma fille Clara tomba sur une vieille photo de moi nourrisson. Noir et blanc. Ma mère me tenait dans ses bras. Je devais avoir un mois tout au plus, ce petit être fragile qui, bien des années plus tard, contemplait son propre cliché avec un sourire au coin des lèvres, un peu émue et un peu amusée à la fois.


Je sortis de mes pensées par une question de Clara :

"Dis, maman... est-ce que vous n'aviez pas de couleurs avant ?"

Mon Dieu.


Je la regardai. Elle était sérieuse. Parfaitement, sincèrement sérieuse. Dans son monde à elle, celui des photos instantanées, des filtres, des publications en temps réel, une image en noir et blanc ne pouvait signifier qu'une chose : le monde lui-même était en noir et blanc. La réalité avait changé de palette avec le temps.

Je répondis que certains appareils photos donnaient autrefois des images en noir et blanc.


Elle plissa les yeux, pas encore convaincue, et continua sur sa lancée :

"C'est-à-dire que vos maisons étaient tout en noir et en blanc ? Qu'il n'y avait pas de couleur ?"


Je dus expliquer. Puis ré-expliquer. Et au fil de mes tentatives, je réalisai quelque chose : c'était réellement difficile pour un enfant de sa génération de comprendre une réalité qu'elle n'avait jamais vécue. Elle avait toujours connu la couleur, l'instantané, le filtre parfait appliqué en deux secondes. Lui faire saisir ce que c'était que de ne pas avoir tout ça, de ne pas même savoir qu'on pouvait vouloir autre chose, demandait quelqu'un qui avait vécu dans les deux réalités. Quelqu'un qui connaissait l'avant et l'après. Qui pouvait dire : voilà ce que tu ne vois pas sur cette photo, et voilà ce qui existait quand même.


Cette conversation me resta. Longtemps après que Clara fut passée à autre chose.

Parce qu'il en va exactement de même dans les affaires de Dieu.

Nous avons vécu, l'humanité entière a vécu, une forme d'involution spirituelle. Pas un progrès. Un recul. Nous avons perdu dans le jardin d'Éden quelque chose que nous ne savons même plus vraiment nommer, parce que nous ne l'avons jamais connu directement. L'autorité que Dieu avait accordée aux premiers humains. Cette intimité originelle. Cette façon de marcher avec Lui dans la fraîcheur du soir, sans distance, sans voile, sans médiation.


Combien de fois ai-je rêvé de voir comment vivaient Adam et Ève avant la chute ? De comprendre vraiment ce que c'était que d'habiter ce jardin, de porter cette image de Dieu dans sa plénitude, sans la fissure du péché ?


Mais voilà la promesse : le Second Adam est plus grand que le premier. Ce que Jésus rétablit dépasse ce qu'Adam a perdu. Et la seule façon de retrouver l'accès à ces promesses, de les voir, vraiment les voir, pas seulement les lire, c'est de plonger notre regard dans Sa Parole avec Quelqu'un capable de lui rendre sa couleur.

Quand le consolateur sera venu, l'Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité ; car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu'il aura entendu, et il vous annoncera les choses à venir. Il me glorifiera, parce qu'il prendra de ce qui est à moi, et vous l'annoncera. 
Jean 16:13-14

Le Saint-Esprit est Celui qui a vécu dans les deux réalités. Avant la chute et après. Dans l'éternité de Dieu et dans l'histoire des hommes. Il sait ce que nous ne voyons plus. Il connaît la couleur originelle, celle que nos yeux spirituels ont perdue sans même savoir qu'ils l'avaient perdue.

Et c'est précisément pour ça que nous avons besoin de Lui quand nous ouvrons la Parole.


Sans Lui, lire la Bible peut devenir quelque chose de fade. De fatigant. De profondément religieux, dans le mauvais sens du terme, celui qui ressemble à une obligation plus qu'à une rencontre. On parcourt les textes comme on regarderait une vieille photo en noir et blanc en pensant que c'est tout ce qu'il y a, sans savoir que la couleur existe, qu'elle était là depuis le début, qu'il suffit de quelqu'un pour nous la montrer.


Inutile de sonder les Écritures sans le Saint-Esprit. C'est comme demander à Clara de comprendre la photo de ma mère sans lui expliquer qu'un monde en couleur existait déjà derrière ce cliché. Le texte est là. Mais la révélation manque.

Avec Son éclairage, en revanche, tout change. Les mots familiers prennent une profondeur qu'on n'avait pas vue. Les promesses deviennent personnelles. Les histoires d'Abraham, de Moïse, de David cessent d'être des récits anciens pour devenir des miroirs de notre propre vie.

Ce sont des choses que l'œil n'a point vues, que l'oreille n'a point entendues, et qui ne sont point montées au cœur de l'homme, des choses que Dieu a préparées pour ceux qui L'aiment. Dieu nous les a révélées par l'Esprit. Car l'Esprit sonde tout, même les profondeurs de Dieu. 
1 Corinthiens 2:9-10

Les profondeurs de Dieu. Pas la surface. Pas les vérités qu'on peut atteindre par l'effort intellectuel seul. Les profondeurs, celles qui ne s'ouvrent qu'à Celui qui les habite, et qui choisit de nous y conduire.


Ce soir-là, Clara finit par comprendre, à peu près, que le monde avait toujours eu des couleurs, même quand les photos n'en montraient pas. Elle hocha la tête avec cet air de quelqu'un qui accepte une réalité sans la saisir encore tout à fait.

Et moi, je pensai à toutes les fois où j'ai ouvert ma Bible avec ce même regard, acceptant les mots sans en voir la couleur. Présente sur la page sans être présente dans la rencontre.


Cette semaine, je veux lire autrement. Avec les yeux du cœur ouverts. Avec Quelqu'un qui sait ce que je ne vois pas encore.

Oh Saint-Esprit, viens ouvrir les yeux de mon cœur. Que je sois sensible à Toi. Que je voie les merveilles de Ta Parole pour découvrir le Père et le Fils. Viens mettre de la couleur à ma vue.

Amen.

Je vous souhaite à tous une semaine simplement inspirée par le Saint-Esprit. 🙏



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