top of page
Rechercher

Drôle d'accouchement!

Dernière mise à jour : 3 avr.


Je reviens encore une fois avec une histoire d'accouchement.


Il est bien connu que les cordonniers sont les plus mal chaussés. Ce que vous ne savez peut-être pas, c'est que le corps médical est souvent le plus difficile à traiter, et que quand il s'agit de l'accouchement, ça peut vite tourner au vinaigre quand c'est l'un des leurs qui est sur la table. Je n'ai pas échappé à cette loi.


Un de mes accouchements fut très douloureux. D'une douleur que je n'avais pas prévue, ou plutôt que j'avais prévu d'éviter, ce qui n'est pas tout à fait la même chose.

Ce qui me trahit fut précisément ma connaissance médicale. J'avais prié. Longuement, sérieusement, avec des versets bibliques soigneusement confessés et une liste de requêtes bien formulée. J'avais demandé un travail rapide, sans complications particulières, avec juste ce qu'il fallait de miracle divin pour confirmer que Dieu avait entendu.


J'eus le contraire pour mon malheur.


Je vous épargne les détails du calvaire. Mais je sortis de cette salle d'accouchement défaite par la douleur, et surtout portant une question que je n'arrivais pas à formuler clairement mais qui brûlait quelque part à l'intérieur : où était Dieu pendant que je hurlais ?


Ce qui aggrava la douleur émotionnelle, parce qu'il y avait une douleur émotionnelle, bien au-delà du physique, c'est ce que j'observai autour de moi. Des patientes qui, en apparence, ne jouissaient pas de l'alliance d'Abraham accouchaient bien mieux que moi. Plus facilement. Plus rapidement. Sans la couche de prières et de confessions que j'avais soigneusement empilée pendant des mois.


La douleur que cela me causa fut indescriptible.


Je boudai Dieu pendant un mois.

Je dis boudai parce que c'est le mot juste. Pas abandonné la foi. Pas renié quoi que ce soit. Boudé, comme on boude quelqu'un qu'on aime profondément et qui nous a, selon nous, profondément déçu. Ce silence chargé de reproche. Cette façon de continuer à vivre en évitant soigneusement un certain regard.


Un mois de rumination. Un mois à retourner dans tous les sens la même question : comment IL avait pu M'ABANDONNER dans un moment aussi crucial.

Et puis, au bout d'un mois, je posai une seule question. En Kirundi, parce que certaines douleurs ont besoin de la langue maternelle pour être vraiment dites :

"Mana, wangize iki ?"

Mon Dieu, que m'as-Tu fait ?


La réponse fut brève. Nette. Sans ornement.

"Tu as voulu tout maîtriser."


Ce que j'aime avec Dieu, c'est que quand Il vous reprend, vous voyez exactement là où vous avez déconné. Le mot péché me semble ici trop solennel, trop spirituel pour ce que je veux dire. Déconné est le bon mot, celui qui correspond à ce que je vis dans ces moments de clarté brutale où Il pose le doigt précisément sur ce qui ne va pas.


Je vis immédiatement ce que cela signifiait.


J'avais eu foi en ma propre foi. J'avais donné à Dieu un plan détaillé et j'avais attendu qu'Il n'agisse qu'à l'intérieur de ce cadre. J'avais visualisé Son intervention, les modalités, le timing, le résultat, sans Lui laisser d'autres options. Sans même concevoir qu'Il pouvait faire au-delà de ce que je pouvais penser ou de ce que j'avais déjà vu.

Je ne Lui avais pas demandé d'agir. Je Lui avais remis un cahier des charges.

Heureux ceux qui pleurent, car Dieu les consolera. Matthieu 5:4

Existe-t-il des pleurs qui peuvent rendre heureux ? La question mérite qu'on s'y arrête. Par définition, les pleurs sont l'expression d'une douleur, intérieure, extérieure, ou les deux à la fois. Ils ne sont pas le signe du bonheur.


Et pourtant cette parole nous assure que les pleurs peuvent être le signal que Dieu s'apprête à venir consoler. Pas que la douleur est méritée, ni qu'elle est bonne en elle-même. Mais qu'elle n'est pas le dernier mot. Qu'elle ouvre une porte, celle par laquelle la consolation entre.


Je fus consolée. Pas de la façon dont je l'avais imaginée, pas par un accouchement sans douleur après ma longue liste de prières. Mais par quelque chose d'inattendu et de bien plus profond : Il me répondit. Alors que j'avais passé un mois à Le bouder, à ruminer, à me murer dans mon silence reproducteur, Il me répondit quand même.

Cela, plus que tout, me désarma.


Nous l'aimons, parce qu'Il nous a aimés le premier. 
1 Jean 4:19

Il n'avait pas attendu que je revienne de bonne humeur. Il n'avait pas conditionné Sa réponse à ma repentance préalable. Il m'aimait depuis avant que je commence à bouder, et Il m'aimait encore pendant que je boudais. Sa consolation n'était pas une récompense. C'était une expression de qui Il est.


Il n'y a pas de honte à pleurer devant Dieu.


La culture ne nous aide pas toujours là-dessus. Beaucoup d'entre nous ont appris, en grandissant, à ne plus pleurer, à tenir, à faire bonne figure, à montrer qu'on gère. Comme si les larmes étaient une faiblesse incompatible avec une foi solide. Comme si un croyant mature n'était pas censé s'effondrer.


Mais pleurer devant Dieu peut être une marque de confiance. Cela suppose qu'on croit qu'Il voit, qu'Il entend, qu'Il est là pour recevoir ce qu'on dépose. Un enfant ne pleure pas devant n'importe qui. Il pleure devant ceux en qui il a confiance pour consoler.


Ayons cette assurance : Il est Celui qui change nos pleurs en rire. Et Sa consolation vaut bien plus que nos larmes, même celles qu'on retient depuis trop longtemps.

Mes frères, regardez comme un sujet d'une parfaite joie quand vous serez exposés à diverses épreuves, sachant que l'épreuve de votre foi produit la patience. Mais il faut que la patience ait une œuvre parfaite, afin que vous soyez parfaits et accomplis, de sorte que rien ne vous manque. 
 Jacques 1:2-4

Ce que j'ai appris de cet accouchement douloureux, et que je n'aurais sans doute pas appris autrement, c'est qu'il faut laisser Dieu être au contrôle non seulement dans les situations où on ne sait pas quoi faire, mais aussi dans celles où on croit savoir comment Il va s'y prendre.


Ces deuxièmes situations sont les plus dangereuses. Parce qu'elles ressemblent à de la foi alors qu'elles en sont l'opposé. On ne doute pas de Dieu, on Lui fait confiance pour agir exactement comme on l'a prévu.


Il est omniscient. Il est omnipotent. Mais Il est aussi Souverain. On ne Lui dicte pas ce qu'Il va faire ni comment le faire. On sait simplement qu'Il agira, quoi qu'il en soit, d'une façon qu'on n'a peut-être pas encore imaginée. Parce que Son action est motivée par Son amour. Et Il est Amour.


Osez pleurer devant Dieu. Et attendez, avec foi, Sa consolation.

Elle viendra. Pas forcément comme vous l'aviez prévu. Mais elle viendra.


Excellente journée à tous. 🙏



Commentaires


bottom of page