Ma cigarette bien-aimée
- Nyamoya Nathalie

- 14 nov. 2022
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 3 avr.
Toute petite, la cigarette faisait partie du décor.
Pas discrètement. Pas occasionnellement. La plupart des membres de ma famille avaient la clope à la main, et le tabagisme, chez nous, ne faisait de distinction ni de sexe ni d'âge. Mes parents. Mes oncles et tantes. Ma grand-mère paternelle aussi. Mon grand-père paternel avait arrêté bien avant ma naissance, ce qui, rétrospectivement, me semble tenir du prodige.
La plupart ne fument plus aujourd'hui. Mais pour certains, s'en débarrasser fut un enfer. Une bataille longue, épuisante, de celles qu'on perd plusieurs fois avant de les gagner, ou qu'on ne gagne jamais vraiment seul.

Et puis il y a l'histoire de ma tante.
Elle avait fumé pendant des années. Presque deux paquets par jour, ce n'est pas une petite habitude, c'est une dépendance profonde, ancrée dans le corps, dans les gestes, dans les rythmes de la journée. Elle voulait arrêter.
Sincèrement, vraiment, profondément. Mais vouloir ne suffisait pas. Son corps aimait la cigarette bien plus que sa raison ne pouvait la haïr.
Elle avait essayé. Et réessayé. Et abandonné. Et recommencé à essayer.
Jusqu'à ce dimanche-là.
Elle entra à l'église. Et elle dit, simplement, sans grande formule, sans théologie élaborée, avec juste ce qui lui restait d'honnêteté :
"Mon Dieu, Tu as bien vu que j'ai essayé d'arrêter. Mais ça ne marche pas."
Puis elle sortit.
Elle prit une cigarette comme à son habitude. Sans culpabilité, parce que la culpabilité, à ce stade, ne servait plus à rien. Elle s'attendait au plaisir habituel, ce semblant de bien-être que la nicotine procure quand les premières bouffées arrivent dans les poumons. Ce réflexe du corps qui dit enfin et se détend.
À la place, elle ressentit quelque chose de différent. Presque un haut-le-cœur.
Peut-être que cette cigarette n'était pas bonne ? Elle la jeta et recommença, deux fois, à différents intervalles, parce que l'habitude est une seconde nature et que le corps ne comprend pas toujours du premier coup. Même résultat.
Le lendemain matin, l'envie avait totalement disparu. Et cela dure depuis plusieurs années.
Pour certains, cette histoire peut sembler anodine. Presque trop simple. Une prière de quelques mots, et voilà, problème réglé.
Mais comme on le dit en Kirundi : inda uyibaza uwayirayeko. On ne connaît la douleur d'une contraction que quand on l'a vécue. Seuls ceux qui ont vraiment essayé d'arrêter de fumer, ceux qui ont connu les nuits d'insomnie, les mains qui cherchent quelque chose à tenir, l'irritabilité inexplicable, la rechute après des semaines de résistance, peuvent mesurer la dimension de ce miracle.
Ce n'était pas anodin. C'était une délivrance.
Mais ce qui me touche le plus dans cette histoire n'est pas le miracle lui-même. C'est ce qui l'a précédé.
Ma tante n'avait pas prononcé une prière savante. Elle n'avait pas jeûné quarante jours. Elle n'avait pas trouvé les bons mots ou la bonne formule. Elle avait simplement dit la vérité : j'ai essayé, et je ne peux pas.
Et c'est précisément là que Dieu attendait.
Dieu attendra toujours qu'on se rende compte que seulement et seulement si on ne peut pas, Lui, Il peut. Peu importe la façon dont on formule une prière. Peu importent les mots, le lieu, l'heure, l'état dans lequel on se trouve. Il regarde au cœur.
Et un cœur qui dit je ne peux pas avec honnêteté est infiniment plus proche de la délivrance qu'un cœur qui s'épuise à convaincre Dieu de ses efforts.
Ce n'est pas la perfection de la prière qui ouvre les portes. C'est la vérité qu'elle contient.
Je lève mes yeux vers les montagnes... D'où me viendra le secours ? Le secours me vient de l'Éternel, qui a fait les cieux et la terre. Voici, il ne sommeille ni ne dort, Celui qui garde Israël. L'Éternel est celui qui te garde, L'Éternel est ton ombre à ta main droite. L'Éternel te gardera de tout mal, il gardera ton âme.
Psaumes 121:1-7Je lève mes yeux.
C'est le mouvement fondamental. Pas vers le problème, vers les montagnes. Vers Celui qui a fait les montagnes.
Ce que tu fixes du regard est capital. Ce sur quoi ton attention se pose en permanence te vide de tes forces, que tu en sois conscient ou non. Le problème qu'on contemple sans relâche grandit. La dépendance qu'on fixe avec horreur et fascination mêlées reste. La cigarette qu'on combat à force de volonté propre résiste.
Mais lorsque tes yeux rencontrent ceux de Dieu, lorsque tu arrêtes de fixer ce qui te lie pour regarder Celui qui peut délier, Son amour transperce le cœur d'une façon que la volonté seule n'aurait jamais pu atteindre.
Ma tante n'a pas arrêté de fumer par discipline. Elle a arrêté parce qu'elle a regardé ailleurs. Et Dieu a fait le reste.
Il n'y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ. En effet, la loi de l'Esprit de vie en Jésus-Christ m'a affranchi de la loi du péché et de la mort.
Romains 8:1-2Aucune condamnation. Ces deux mots méritent qu'on s'y arrête.
Pas moins de condamnation. Pas condamnation réduite si tu fais des efforts suffisants. Aucune. L'affranchissement n'est pas une récompense au bout du chemin, c'est le point de départ. C'est depuis cette liberté-là qu'on avance, pas vers elle.
Ma tante n'a pas arrêté de fumer pour mériter la grâce de Dieu. Elle a reçu la grâce de Dieu, et la délivrance a suivi.
Quelle est la montagne que tu fixes en ce moment ? Quelle est la chose que tu essaies d'arrêter, de contrôler, de vaincre par tes propres forces, depuis trop longtemps, avec trop d'épuisement ?
Peut-être qu'il est temps de dire, simplement et honnêtement : Dieu, Tu as bien vu que j'ai essayé. Mais ça ne marche pas.
Et de lever les yeux.
Très bonne semaine à tous. 🙏




C'est comme la porno, une véritable drogue!
J'aime ce témoignage.
Me semble que la sensation de la nicotine donne envie de continuer. C'est une dépendance semblable à un homme qui vois qu'il est lié mais au lieu de choisir la libération, continue à s'enfoncer..