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"Ubusya uwundi buroroha"(Travail fait par autrui paraît toujours plus facile)

Dernière mise à jour : 3 avr.




Il y a un proverbe burundais que j'entendis pour la première fois dans une salle d'opération.

Ubusya uwundi buroroha.

Le travail fait par l'autre paraît toujours plus facile, avant qu'on s'y attèle.


Je n'oublierai jamais ce jour-là. J'étais jeune interne en médecine, à l'hôpital militaire de Kamenge (au Burundi). Debout en salle d'opération, en retrait, j'observais l'un de mes mentors, un chirurgien militaire haut gradé, médecin expérimenté, homme de l'ancienne école, poser une plaque vissée sur un tibia fracturé. Ce n'était pas la première fois que je le regardais faire cette opération. Ni la dixième. Je connaissais tellement bien chacun de ses gestes que j'aurais pu les anticiper les yeux fermés.



Je regardais. Et quelque part dans ma tête, je me disais peut-être, inconsciemment, avec toute la naïveté de la jeunesse, que ce n'était pas si compliqué.

Et puis il leva les yeux vers moi.

"Nathalie, viens ici. Tu vas mettre cette plaque."


La peur m'envahit instantanément.


Un frisson qui submergea tout mon être.


Et avant même que j'aie eu le temps de réfléchir, quelque chose de très spontané sortit de ma bouche, ce genre de réponse qu'on regrette à peine dit, et dont on ne peut pourtant pas s'excuser parce qu'elle était parfaitement sincère :

"Non, Docteur. Je ne peux pas."


Ce non en disait long. Il disait : je ne suis pas expérimentée comme vous. Il disait : je risque de mettre ce patient en danger. Il disait surtout : je ne suis pas prête pour ce baptême de feu. Pas ce soir. Pas comme ça. Pas devant vous.


Il me regarda un instant. Puis il dit, avec ce sourire qu'ont les grands professeurs quand leurs élèves viennent de confirmer exactement ce qu'ils pensaient :

"Ha bon... tu pensais que c'était facile ? Ubusya uwundi buroroha."


C'est le genre de médecin à qui on ne dit pas non deux fois. Une aura qui impose le respect et l'admiration, non par la crainte, mais par l'évidence de ce qu'il est, de ce qu'il a vu, de ce qu'il a sauvé. Il m'ordonna de prendre sa place. Et moi, moi, pauvre interne sans expérience et sans grade, je me surpris d'avoir osé lui avoir dit non en premier lieu.


Je m'exécutai. Je me plaçai à ses côtés et pris le rôle de chirurgien principal, sous son commandement. Mes mains tremblaient légèrement, je crois. Mais je dois vous dire quelque chose : connaissant mon professeur, j'avais infiniment plus confiance en lui qu'en moi. L'avoir vu sauver des vies, des dizaines et des dizaines de fois, son dévouement pour ses patients, sa précision, tout cela me rassurait bien plus que n'importe quelle technique que j'aurais pu maîtriser.

Je pris ce risque de faire cette opération. Ou plutôt, et c'est la vérité, il prit le risque de me diriger dans cette opération. Et je la réussis. Ou plutôt, plus justement encore : il la réussit à travers mes mains.

Béni soit l'Éternel, mon rocher, qui exerce mes mains au combat, mes doigts à la bataille. 
 Psaumes 144:1

Quelques jours plus tard, je vis le cliché radiographique de ce tibia réparé. Et j'entendis mon chef dire, en regardant l'image :

"Tu vois. Tu as bien réussi."


Il est de ces mots qui vous remontent le moral, qui sont un baume au cœur dans les saisons de doute et de confusion. Qui arrivent au bon moment et restent longtemps, bien plus longtemps que les critiques, d'ailleurs. Tout comme les promesses de Dieu à notre égard : elles ne sont pas dites pour flatter, elles sont dites pour tenir.


Mais je veux être honnête, parce que la vie ne se résume pas à ce premier succès lumineux.

Tout n'est pas toujours beau. Mon professeur m'a souvent reprise quand je faisais des erreurs, parfois sévèerement, toujours justement, parce que c'est ainsi qu'on forme un bon médecin. L'échec ne signifiait pas son absence. Il signifiait sa vigilance.


Et Dieu fonctionne de la même façon : quand tout nous semble absurde, différent de nos attentes, loin de notre définition du succès, Son silence n'est pas de l'indifférence. C'est souvent le temps qu'Il prend pour faire quelque chose de plus profond que ce qu'on avait prévu.


Il traversera avec nous les vallées qui nous effraient. Il utilisera Sa Parole, mais aussi des souvenirs heureux ou moins heureux, pour nous rappeler combien nous avons besoin de Lui, et combien Il est capable de faire passer Ses œuvres à travers nos mains maladroites.


Voici maintenant une autre histoire. Bien moins héroïque. Mais tout aussi vraie.

Je me connais impatiente. C'est un défaut que je n'ai pas encore réussi à faire disparaître, malgré les années et les bonnes résolutions. Et l'impatience, chez moi, s'accompagne souvent de nervosité, les deux font un couple particulièrement difficile à gérer en fin de journée, quand les enfants ne veulent pas dormir.


Un soir, donc, je n'arrivais pas à les faire dormir à temps. L'impatience gagnait du terrain, centimètre par centimètre. Le papa vint à la rescousse. Et moi, au lieu de souffler, de lâcher prise, d'accepter avec grâce cette aide, je me sentis honteuse d'avoir perdu la bataille. Et je commençai à m'énerver contre moi-même, ce qui est une façon particulièrement inefficace de finir une soirée.


Je questionnai Dieu, comme on le fait dans ces moments-là, à mi-chemin entre la prière et la plainte :

Pourquoi je perds les pédales ? Qu'est-ce qui ne va pas avec moi ? Qu'est-ce qui se passe ?

Et je sentis une réponse. Pas tonitruante. Pas spectaculaire. La plus claire et la plus douce des réponses, arrivant sans crier gare :

"Mais tout va très bien."

J'éclatai de rire. Franchement, de bon cœur, parce que cette réponse ne correspondait absolument pas à la réalité du moment. Les enfants n'étaient toujours pas couchés. Je venais de perdre patience. Mon mari avait dû prendre le relais. Rien dans ce tableau ne ressemblait à tout va très bien.


Et pourtant.


Je fus forcée de reconnaître quelque chose d'important : ma réalité du moment ne définissait pas la vérité spirituelle de Dieu. Et j'avais cette fâcheuse manie de tout ramener à moi, à mon échec, à mon manquement, à ma version des faits. Dieu, Lui, répond selon Sa réalité. Qui est, soit dit en passant, la seule vérité, pas une description de la situation, mais la réalité de ce qu'Il a dit sur elle.

Car il dit, et la chose arrive ; 
il ordonne, et elle existe. 
Psaumes 33:9

Comme Ses ambassadeurs, nous sommes invités à confesser, c'est-à-dire à dire la même chose que Dieu, sur nos circonstances, afin que ces dernières s'ajustent à la Vérité, c'est-à-dire à Christ. Pas pour nier ce qu'on vit. Mais pour ne pas laisser ce qu'on vit avoir le dernier mot.

Ma grâce te suffit. Ma puissance se manifeste précisément quand tu es faible. Je préfère donc bien plutôt me vanter de mes faiblesses, afin que la puissance du Christ étende sa protection sur moi. Car lorsque je suis faible, c'est alors que je suis fort. 2 Corinthiens 12:9-10

Depuis ce soir-là, malgré ce que je vois encore de moi, et les combats n'ont pas disparu par enchantement, je vous le promets, je confesse cette vérité : le Saint-Esprit qui vit en moi produit Son fruit. La patience pousse. Lentement, parfois imperceptiblement. Mais elle pousse.

Kuko Ubusya Imana buroroha.

Car le travail fait par Dieu est toujours facile.

Très bonne semaine à vous. 🙏


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