Ma chère imperfection
- Nyamoya Nathalie

- 23 janv. 2023
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 3 avr.
Aussi loin que remontent mes souvenirs, j'ai toujours eu le souci du détail.
Pas de façon anodine. Pas de la façon dont on dit de quelqu'un qu'il est méticuleux avec un sourire admiratif. Non, d'une façon qui, avec les années, a doucement glissé vers quelque chose de plus difficile à porter. Une obsession, si je dois être honnête. Et je dois l'être, parce que l'honnêteté est précisément ce dont il s'agit dans ce texte.
À mes amis et à mon entourage qui ont eu à subir cette version de moi, je suis sincèrement désolée. Vous savez de quoi je parle.
Ne pas atteindre un objectif que je m'étais fixé, ou ne pas répondre à ce qu'on attendait de moi, n'était pas simplement une déception. C'était une douleur. Personnelle, intime, difficilement acceptable. Comme si l'échec disait quelque chose de fondamental sur ma valeur, sur ce que j'étais, pas seulement sur ce que j'avais fait.
Et les questions qui suivaient, silencieuses mais insistantes : mais qu'est-ce qu'on va penser de moi maintenant ?

Je devenais impatiente. Irritable. Un simple retard à un rendez-vous, en particulier le mien, suffisait à me rendre extrêmement nerveuse. De l'extérieur, un chasseur de têtes aurait sans doute coché cette case dans la colonne qualités : rigueur, exigence, sens des responsabilités. Et c'est vrai qu'il y a quelque chose de ces choses-là là-dedans.
Mais à l'intérieur, c'était devenu handicapant.
La pression que je me mettais était disproportionnée. Et je le savais, ce qui n'arrangeait rien, bien au contraire. Parce qu'on sait tous, rationnellement, que se mettre la pression ne règle absolument rien. Si ce n'est vous détériorer la santé, lentement, sûrement, sans qu'on s'en aperçoive vraiment jusqu'au jour où on ne peut plus ignorer les signaux.
Et plus les années passaient, plus la pression augmentait, parce que les responsabilités augmentaient aussi. Les enfants. Le travail. Les attentes. Les siennes propres, surtout, qui sont souvent les plus sévères.
C'est dans ce contexte que j'ai commencé à vouer une admiration secrète, sincère, presque envieuse, aux personnes capables de demander de l'aide. Capables de dire je n'y arrive pas seule sans que cela ne les détruise. Capables de reconnaître un besoin sans le vivre comme une honte.
Pour moi, à cette époque, c'était encore inaccessible. Demander de l'aide ressemblait à de la faiblesse. Et la faiblesse, dans mon monde intérieur d'alors, n'avait pas droit de cité.
Mais voilà ce que Dieu pense de cette façon de voir les choses :
Que celui qui croit être debout
prenne garde de tomber!
1 Corinthiens 10:12Pas une menace. Un avertissement affectueux. Celui d'un Père qui connaît la distance entre l'image qu'on projette et ce qui se passe vraiment à l'intérieur, et qui préfère que ce soit nous qui le voyions avant que la vie ne nous l'impose.
Avec le temps, j'ai commencé à comprendre quelque chose que je n'aurais jamais accepté d'entendre quelques années plus tôt : il y a une grâce dans les faiblesses. Pas malgré elles. À travers elles. Parce que c'est précisément dans nos angles morts, dans nos limites reconnues et avouées, qu'une intimité particulière avec Dieu devient possible.
Tant qu'on prétend se suffire à soi-même, on n'a pas vraiment besoin de Lui. Et Dieu, qui ne s'impose jamais, attend.
Il y a quelques années, ma fille Maïa tomba malade.
Pas un petit rhume de saison. Quelque chose qui demanda une hospitalisation de plusieurs jours, le temps que son infection soit correctement prise en charge. J'ai dû arrêter de travailler. Prendre un congé. Réorganiser tout, non pas parce que quelqu'un me le demandait, mais parce que je ne pouvais concevoir qu'une autre personne prenne soin d'elle à ma place.
Je restais là. À surveiller les signes. À compter les heures.
Et quelque part dans ces nuits-là, dans cette chambre d'hôpital, j'eus cette pensée folle et sincère : si j'avais pu échanger mon corps sain contre son petit corps malade, je l'aurais fait sans hésiter.
Puis j'y pensai. Et je reconnus que c'est exactement ce que Jésus a fait pour nous.
Pas comme métaphore. Pas comme belle image théologique. Littéralement, Il a pris ce qui était nôtre pour nous donner ce qui était sien.
Est-ce que mon amour pour mes autres enfants avait diminué pendant cette période ? Non. Pas d'un gramme. Est-ce que mon amour pour Maïa avait augmenté parce qu'elle était malade ? Pas davantage, je ne l'aimais pas plus que les autres.
Mais sa maladie réclamait de moi plus. Plus de temps. Plus de présence. Plus d'attention. Plus de moi, dans ma disponibilité la plus brute, la plus inconditionnelle.
Et c'est là que quelque chose se mit en place dans ma compréhension de Dieu.
Nos faiblesses sont les maladies de nos âmes. Et même si elles peuvent rebuter certaines personnes, même si elles nous font honte à nous-mêmes, même si on les cache soigneusement, elles attirent toujours le Père. Non pour nous juger. Non pour pointer du doigt ce qui ne va pas. Mais pour se pencher vers nous avec ce que seul l'amour sait faire : guérir.
Depuis, j'ai appris, lentement, imparfaitement, mais vraiment, à me glorifier de mes faiblesses. Comme Paul. Non pas avec une résignation, non pas avec une douleur qu'on fait passer pour de la paix. Mais avec la conviction que là où je suis à bout, Quelqu'un d'autre prend le relais.
Une vie brisée peut révéler la fidélité de Dieu. Pas dans la douleur elle-même, la douleur n'est jamais causée par Dieu, ne l'oublions pas, mais dans le fait que malgré le brisement, vous respirez encore. Que vous êtes encore là. Que tout n'est pas perdu, loin de là.
Je pense souvent au corps ressuscité de Lazare. Il se portait certainement bien mieux après qu'avant. La mort n'avait pas eu le dernier mot, elle n'avait été qu'un passage vers quelque chose de plus entier.
Nos brisements aussi.
J'ai été crucifié avec Christ ; et si je vis, ce n'est plus moi qui vis, c'est Christ qui vit en moi ; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m'a aimé et
qui s'est livré lui-même pour moi.
Galates 2:20Ce verset ne parle pas d'une mort spirituelle abstraite. Il parle de la mort de cette version de moi qui croyait devoir tout maîtriser, tout réussir, tout tenir toute seule. Et de la naissance de quelque chose de plus léger, de plus libre, de plus vrai.
Christ qui vit en moi ne connaît ni l'échec ni la honte. Il ne regarde pas ma liste d'objectifs non atteints. Il regarde le cœur. Et Il dit : je t'ai aimée avant que tu aies quoi que ce soit à montrer. Je t'aime encore.
Très bonne semaine à tous. 🙏




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